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L'Imprévu, Christian Oster

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Pourquoi cette rencontre

Parce que nous adorons ce drôle de regard sur les choses du monde et cet humour impassible dont Christian Oster enveloppe ses histoires. Dans L’imprévu, on rit beaucoup avec en sus l’émotion et la justesse des situations. On a tous vécu un imprévu, mais là il s’agit d’un imprévu de taille d’autant que le narrateur est absolument à côté de ses mocassins. Narrateur que nous appellerons Serge même si ce nom il se l’invente sur un coup de tête.

Serge est un de ces hommes à la Oster, mi loser mi séducteur. Il a pour caractéristique d’être toujours enrhumé et de subir des crises d’éternuements très longues. Le problème est qu’il contamine ses petites amies et que systématiquement leur guérison coïncide avec leur demande de rupture. Mais bon, en ce moment tout va bien pour Serge puisqu’il roule avec Laure, sa petite amie depuis un an qui ne s’est jamais encore enrhumée. Ils roulent vers une île bretonne pour fêter l’anniversaire de Philippe, un copain de Laure que Serge ne connaît pas. Or quelques signes, éternuements, toux, mouchages font craindre à Serge que Laure soit infectée. En voiture, il la sent fiévreuse, de mauvaise humeur. Bon, se dira-t-il, une bonne nuit d’hôtel et tout ira mieux demain.

C’est que Serge est vraiment amoureux, alors quelle est sa surprise quand le lendemain Laure lui demande d’aller seul chez Philippe parce qu’elle a besoin de solitude. Elle restera un peu à l’hôtel puis rentrera chez eux à Paris. Comment ? En voiture, car le bon Serge va lui laisser la sienne, lui se débrouillera bien. L’imprévu est donc considérable et notre héros totalement perdu, d’autant qu’il n’était pas des plus rationnels, ni décidés.

Le voilà à faire du stop, quand Gilles l’invite à monter. Mais Gilles est pressé car ce soir il fête son anniversaire. Ah tiens lui, aussi ! Un anniversaire en vaut bien un autre… S’en suivra une série d’aventures désopilantes que traversera Serge, avec un rhume grossissant, attaqué par une fièvre galopante. N’étant plus vraiment maître des situations, il se laissera balader au fil des rencontres avec une seule idée fixe : joindre Laure par téléphone pour être sur qu’elle l’aime encore. Pauvre homme ! Enfin pauvre homme, il a le don pour s’incruster partout et nous faire rire aux éclats jusqu’à cette fin stupéfiante, insoupçonnable qui laisse sans mot, si ce n’est un bravo pour Oster qui nous offre là une sacré partie de rigolade avec un grand talent pour faire rire en finesse.

Karine Henry


L'imprévu, Christian Oster

Titre: L'imprévu
Auteur: Christian Oster
Editeur: Editions de Minuit
Autres informations: 256 p., 16,50 Euros

PRESENTATION

Nous roulions vers l'île où Philippe fêtait son cinquan-tième anniversaire quand Laure se mit à éternuer. C'était son premier rhume. C'était la première fois, en outre, quand nous eûmes pris une chambre d'hôtel, qu'elle me priait de la laisser seule. Puis, le lende-main, de poursuivre le voyage sans elle. Sans voiture, éga-lement. Toutes choses que je n'eusse jamais imaginées mais auxquelles je me pliai, le pouce bientôt levé au bord de la nationale.

PRESSE

Les histoires de Christian Oster sont des histoires simples – du moins si l’on entend par là des histoires qui, résumées, tiennent en quelques mots. Dans le cas de L’Imprévu, un tel résumé donnerait quelque chose comme ça : le narrateur et sa compagne Laure sont partis en voiture, dans le but de passer quelques jours en Bretagne, sur un île du golfe du Morbihan où vit un ami qui fête son anniversaire ; en cours de route, Laure, enrhumée, décide de renoncer, le narrateur continue seul son chemin, fait quelques rencontres, arrive sur l’île le lendemain. Voilà, ce serait à peu près cela, et pourtant, L’Imprévu, c’est tout autre chose. Peut-être une sorte d’odyssée minuscule, interrompue en cours de route, et sans retour vers le point de départ. Une mise en mouvement, un authentique déplacement, qui n’est pas que géographique. Car au-delà des faits, il convient bien entendu de prendre en compte le regard de Christian Oster sur ses personnages, les mots qu’il emploie pour dire ce qu’il voit, le rythme changeant de sa phrase qui respire d’un même souffle que celui de son narrateur. Lequel, enrhumé perpétuel vivant avec une femme qui ne connaît pas ce désagrément de santé, a d’emblée l’intuition que le refroidissement soudain dont elle souffre, aux premières pages du roman, lorsqu’ils roulent ensemble vers la mer, est un très mauvais présage. Laure est de mauvaise humeur, lointaine, distante, et dès avant qu’elle s’alite à l’hôtel et lui demande de continuer seul la route, flotte déjà dans l’air un incontestable et tenace parfum de rupture.
   La suite de l’histoire, une série de rencontres, traitées par Oster sur le mode léger et drolatique qu’on lui connaît, semble guidée par le hasard, l’imprévu – « si l’on veut bien appeler hasard l’orientation que prennent nos vies quand elles nous échappent », note le narrateur, toujours en route vers la mer, et ce presque malgré lui, son désir avoué étant plutôt de revenir vers Laure. Encore que ce ne soit pas si simple, bien sûr, et la complexité des sentiments de notre homme, face au constat de cet amour qui s’enfuit, l’écrivain s’entend magistralement à en rendre compte, auscultant en quelque sorte son âme au travers de ses faits et gestes minutieusement observés – ce qui, littérairement parlant, s’appelle du grand art.

Nathalie Crom, La Croix, jeudi 3 mars 2005

Peut-on qualifier votre roman, L'imprévu, de road movie littéraire?
Christian Oster. C'est exactement ça. Un peu comme Easy Rider (rires). Une sorte de road novel, de roman de route. On me dit souvent que j'écris des thrillers sentimentaux, des romans intimistes. Mais il ne faut pas oublier la notion de déplacement. C'est l'une des forces majeures du roman, en général. Que ce soit en traversant la Bretagne ou, comme dans mon précédent roman, Les rendez-vous, dans quelques arrondissements de Paris. Tous mes livres passent ainsi par des chemins paradoxaux. Les personnages vont à l'opposé de leur direction initiale, réelle ou symbolique. Le paradoxe se situe toujours au centre de mes livres. Ecrire, dans la mesure du possible, c'est surprendre. Or, le paradoxe, c'est un bon moyen de créer la surprise, non?

Pour quelle raison ne donnez-vous jamais la situation sociale de votre narrateur? On ne connaît d'ailleurs même pas son vrai prénom...
C.O. Tous mes personnages sont, en général, peu déterminés. Mes héros travaillent toujours dans le tertiaire et n'ont pas vraiment de qualification. C'est une image de moi que j'ai gardée. Il était hors de question que le narrateur écrive. Je lui retire mes attributs d'écrivain! C'est quelqu'un qui ne s'investit pas dans sa vie professionnelle, qu'il a toujours plus ou moins ratée.

Sans trop en dire sur le livre, le héros a des soupçons sur l'avenir de sa relation amoureuse. Et cette suspicion se traduit par un autre regard sur le monde. Êtes-vous un peu paranoïaque?
C.O. Peut-être (rires). J'aime travailler sur les moments où le narrateur a des raisons d'être déstabilisé. Et cette déstabilisation modifie sa perception des choses. Ici, un destin sournois doit s'opérer sur lui, à un moment indéterminé. Et son lourd pressentiment doit se manifester, à un moment ou un autre.

Baptiste Liger , Lire, mars / avril 2005

Bibliographie

Chrisian Oster est né en 1949.

Il a fait paraître aux Editions de Minuit :

Volley-ball
1989, 128 p., 12 €

L’aventure
1993, 224 p., 13,57 €

Le pont d’Arcueil
1994, 256 p., 14,48 €

Paul au téléphone
1996, 256 p., 14,94 €

Le pique-nique
1997, 192 p., 13,42 €

Loin d’Odile
1998, 144 p., 10,37 €

Mon grand appartement
Prix Médicis 1999
1999, 256 p., 14,48 €

Une femme de ménage
2001, 240 p., 14,48 €
en collection de poche "Double", 6,70 €

Dans le train
2002, 160 p., 11,90 €

Les rendez-vous
2003. 160 p., 12 €

L'imprévu
2005. 256 p. 55 €

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