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      > Brigitte Smadja et Eugène Durif - Auteurs du Marais

> Brigitte Smadja
> Eugène Durif
Pourquoi :
 
Nous serons heureux Dimanche 14 mars 2004  à partir de 11h  de recevoir autour d'un petit déjeuner deux auteurs de talent et vivant dans notre quartier , Eugène  Durif & Brigitte Smadja, deux visages que vous avez déjà dû croiser.
Le roman de B. Smadja et le recueils de nouvelles E. Durif nous ont emballés.
Eugène Durif par son cynisme et humour noir irremplaçable, sa vision de notre société, c'est comme s'il voyait le monde de la lune et que pauvre Pierrot il se prenait toujours les pieds dans les fils d'un monde trop brut pour cet hypersensible  qui n'a cependant pas sa langue dans sa poche !!!! Et ses personnages sont à son égal.
Brigitte Smadja par la construction parfaite d'un roman sur l'amour, la solitude moderne et surtout les rapports hommes femmes, avec une maîtrise de l'intrigue parfaitement  efficace qui entraîne le lecteur dans un histoire qu'il était impossible de deviner, une fiction étonnante. Et puis son écriture est gracile, elle coule, fluide sans fioritures.
Ces deux écrivains ont en commun  leur sensibilité  magnifique des mondes et du monde, des êtres et de l'être, et leur écriture en découle.
Et puis ces deux auteurs, clients de la librairie ont aussi en commun  leur générosité, gentillesse et sourire.
Venez les entendre dimanche 15 mars dès 11h un croissant à la main et un café dans l'autre .
 
Karine & Xavier


 

Brigitte Smadja

Brigitte Smadja est professeur de lettres modernes. Elle est l’auteur de nombreux livres pour la jeunesse publiés à L’École des loisirs.

Elle publie ses romans ou recueils de nouvelles pour adultes aux éditions Actes Sud dont le dernier  Une Eclaircie est annoncée. Et elle aussi vit dans notre quartier !

UNE ÉCLAIRCIE EST ANNONCÉE

Actes Sud - Roman - décembre 2003 / 11,5 x 21,7 / 288 pages
ISBN 2742746088 / AS0137 - prix indicatif : 19,5 euros

Une femme étrange tombe amoureuse d’un inconnu. Cet homme vit tout près d’elle, de l’autre côté de la rue. Elle l’observe, l’imagine, le surveille. Seule avec son fils depuis dix-huit ans, cette jolie blonde éprise d’un fantasme est enfin heureuse. Un jour, elle téléphone à ce voisin tant désiré, puis raccroche, puis rappelle. Un matin elle le suit et, un autre encore, il la voit…

Extrait

A dix heures, elle émerge d’un sommeil profond dans une lumière de néon qui ne variera pas jusqu’au soir. Son retour à la conscience se manifeste par le rappel de cette image de son voisin captée dans le miroir, pareille à un souvenir lointain brusquement ressuscité.

Aussitôt, elle veut s’assurer de sa présence, elle est déçue, il n’est pas là, elle a sans doute rêvé, puis elle sourit : la bibliothèque, le bureau, le fauteuil et les feuillets attendent.

Dans la chambre de son fils, elle ramasse le pyjama, les vêtements froissés, vide la poubelle, secoue les draps, fait entrer l’air glacé de janvier pour chasser les miasmes de tabac froid, découvre un mégot sous le lit, passe un chiffon à poussière sur les étagères, remet à sa place la photo où Damien rit dans les bras de son père. Elle compose un bouquet de fleurs qu’elle dépose sur son bureau.

Un vague souvenir surgit : la présence de Damien un instant durant la nuit, une douce pression sur son épaule.

Elle boit un café les doigts bien serrés contre le bol brûlant. Plus tard, elle se brosse les cheveux qu’elle a longs et blonds, se maquille, ce qui lui arrive rarement malgré une propension à s’acheter des poudres pour le seul plaisir d’en contempler les nuances, et elle choisit des vêtements aux couleurs vives pour conjurer l’absence de lumières de l’hiver. Le ciel, les toits et la brume enveloppent le paysage urbain d’un gris monochrome.

A onze heures, le voisin a repris la place occupée la veille. Elle esquisse un mouvement de retrait et cherche, dans l’espace encombré du salon qui lui tient lieu de chambre et de bureau, l’exacte position qui lui assurera de l’avoir dans son champ visuel en étant certaine de ne pas être vue.

La clarté du jour, loin d’atténuer le mystère de cette présence, l’accentue. Il est plus difficile à saisir à cause de l’ombre dans laquelle il est plongé alors que la lumière artificielle l’avait révélé si précisément, cette nuit.

Elle le fixe intensément, enregistre de nouveaux détails. Il porte ce matin des lunettes aux verres légèrement fumés qui cachent ses yeux et, tout en commençant distraitement son travail de lecture, il se lime les ongles avec un sérieux déconcertant. Parfois, il s’interrompt et contemple le plafond puis il se lève et disparaît dans un angle de la pièce. Elle en conclut qu’il doit répondre au téléphone et, pour se convaincre de la justesse de son hypothèse, elle ouvre discrètement sa fenêtre dans l’espoir de pouvoir entendre sa voix. Elle ne saura rien. La baie vitrée est close.

Profitant de son absence momentanée, elle examine le bureau, une antiquité, la lampe moderne gris métallisé. Ce qu’elle a pris pour un tableau est une photo agrandie en noir et blanc, dont elle ne distingue rien.

Sans un regard vers l’extérieur, il revient s’asseoir et répète les gestes de la nuit.

De là où elle se situe, le miroir lui renvoie l’avant-bras du voisin – il a relevé la manche de sa chemise – et sa main.

Aussitôt, elle saisit un crayon et malgré la distance, elle s’ingénie à la dessiner, s’y reprend à plusieurs fois avec une étrange fébrilité, mais la main trop éloignée et détachée du corps est inerte sur la feuille blanche.

A treize heures trente, il s’en va.

Eugène Durif

Originaire de la région lyonnaise, Eugène Durif est d’abord journaliste, puis il écrit de la poésie, des récits, des nouvelles. Et aussi beaucoup pour la scène et la radio. Il crée la collection" L’acte même" aux Editions Comp’Act.

Avec Catherine Beau, il fonde la compagnie L’Envers du décor, implantée dans le Limousin. Actes Sud-Papiers a publié à ce jour onze pièces d’Eugène Durif.

Et il vit dans notre quartier !


DE PLUS EN PLUS DE GENS DEVIENNENT GAUCHERS

Actes Sud - Nouvelles - février 2004 / 11,5 x 21,7 / 150 pages
ISBN 2742746358 / AS0164 - prix indicatif : 13 euros

Pourquoi les tendres et les sensibles sont-ils si souvent déconcertés ? Est-ce leur tête qui ne tourne pas rond ou le monde qui marche sur la tête ? Avec humour, ironie et cynisme parfois, Eugène Durif évoque les chemins de ce petit grain de sable qui un matin se glisse dans la mécanique de la vie et qui sournoisement détruit les histoires d’amour, les rêves ou la capacité de résister à la violence ordinaire…

Extrait

C’est le printemps. Chaque fois, c’est la même chose : dès que je suis seul avec mon fils, il fait des otites, pousse de véritables cris de douleur. “Je t’en supplie, papa, guéris-moi.” Ça se passe en pleine nuit. J’appelle SOS-Médecins. Je viens de prendre un somnifère extrêmement fort, j’essaie de parler normalement, je ne sais plus trop où j’en suis, je me sens coupable, j’essaie de parler normalement, un effort démesuré, articuler, former des phrases qui se tiennent à peu près, sans donner l’impression que ce ne sont rien d’autre que mes mâchoires qui s’ouvrent et se ferment. Le médecin arrive. Je tente de lui expliquer. Il a l’air inquiet, me regarde drôlement, me propose une injection de Valium. Non, ce n’est pas ça, c’est l’enfant, l’enfant qui est malade. Vous êtes sûr que vous ne lui balanceriez pas votre angoisse ? Qu’en allant mal, il ne répondrait pas à un désir que vous exprimeriez inconsciemment ? Je suis tombé sur un néophyte de la psychanalyse. Il s’en va après avoir laissé des gouttes que je dois donner toutes les trois heures. Est-ce que la dose que je viens de lui donner est la bonne ? Le nombre de gouttes, je ne sais plus si je n’ai pas recommencé à zéro. Si c’est trop qu’est-ce qu’il va se passer ? J’appelle SOS-Urgences poisons. On me rassure. Je m’endors. L’enfant, tout près de moi, a du mal à respirer. Il s’abandonne, lui aussi, au sommeil.

Au réveil, il me demande avec insistance pourquoi on ne dit pas de la viande pour les hommes, on dit de la chair, mais le corps c’est pas de la viande, le corps ?

Nous prenons tous deux le train pour aller à la campagne, rejoindre Louise qui travaille quelque temps hors de Paris. Elle vient nous chercher à la gare. On va tous habiter dans un gîte rural. C’est bien, dit l’enfant. Pour une fois, ce n’est pas trop nul. Il y a un cerisier en fleur à l’entrée du chemin qui mène au gîte. Il y a la télé et des moutons tout autour. Il est impressionné par les murs décorés de bouledogues aux points de crochet et de photos de chevaux crinières au vent dans l’écume sur fond de coucher de soleil rougeoyant ce qu’il faut. Il admire particulièrement une petite poêle sur laquelle est écrit : Vieille amitié ne craint point la rouille. Critique, tout de même, il remarque que cela sent un peu le renfermé. Bon, quand même… ça peut aller. On va aller chercher des branches, on ira marcher. On a de longues journées à rester tous les deux pendant qu’elle va travailler.

On fait de grandes promenades et je reviens exténué, les poches pleines de cailloux et de fleurs écrasées qu’il m’a cueillies tout au long de la route. Nous avons chacun à la main une vingtaine de bouts de bois, épées provisoires ou futures cannes à pêche pour lesquelles nous irons acheter des fils, ou bien nous attraperons un à un tous les poissons de la rivière, et les oiseaux transpercés de flèches. Sauf les mésanges.