Dans Le
Sommeil du monstre, les rayons lasers de la secte détruisent
Le Chrystal Building et la Tour Eiffel. Nous sommes en septembre 1998
et l’album vient de sortir... Trois ans plus tard, c’est le 11
septembre. De la science fiction trop inhumaine pour être crédible,
aurait-t-on dit, il y a deux ans… ????
Alors inquiétude, qu’annonce 32
décembre ?
Surprise le livre parle d’amour. De manipulation mentale,
de clonage, de la corruptions des âmes et corps, de la planète. La
vieillesse, la mort aussi. Les héros sont beaux, Leyla et Sacha. On
retrouve le site de l’Aigle et son mystère venu de l’espace.
N’empêche, 32 décembre parle surtout d’amour. C’est nouveau. De
l’amitié, de la tendresse il y en avait dans Le Sommeil Du Monstre ,
entre les 3 orphelins de Sarajevo.
En 5 ans, le temps
d’un film et d’un album, l’amitié a changé de nature. Amir et Sacha,
les amants nihilistes, survivent à peine.. Leyla succombe à un faux
Nike, le vrai ( attention aux faux-semblants de Bilal) plonge dans la
jalousie. D’autant qu’il apprend que son frère de lait, Amir est
vivant et les larmes sourdent. Alors un optimiste pessimiste
romantique ?
32 décembre est
« filmé » à hauteur d’Homme. Les décors estompés sont justes décors,
les villes et les luttes de pouvoirs sont moins importantes, ce qui
comptent ce sont ces rapports humain, et l’amour , qui sauve les
personnages et le monde. Beauté Positive ?
Là aussi c’est
nouveau, si le premier volume était gris, ocre, rouge, poussière et
sang, Bilal a tâché le second de vert tendre, d’une fraîcheur dont,
il l’avoue, il est le premier étonné.
32 décembre est une histoire à trois voix. Celles de Leyla, Amir,
et Nike. Trois orphelins de Sarajevo aux 4 coins du monde
Nike
….Qu’une micro bombe atomique explose à mes pieds , qu’un éclats de
terrasse pulvérise mon nez ( troisième fois en un an ), tout, en ce
fragment de temps à la violence extrême, aurait dû me mettre la puce à
l’oreille (elle-même soufflée par la déflagration). Tout aurait mieux
valu que l’Invitation . Car c’est ici e que tout recommence
Amir
Je serrai très fort dans son corps et cette nouvelle peau anthracite
tout droit sortie de mes cauchemars. Très fort et très longtemps.
Comme pour tenter d’en conjurer l’extravagance.
Leyla
Nike resta autant de temps que les neufs autres dans la grotte. Comme
les 9 autres, dès son retour, il demande à l’huissier une feuille de
papier et un crayon , et comme les autres il se tut pendant de longues
heures. Enfin, comme pour pour les 9 autres, sa première phrases fut
un triple question ,identique au mot près : « Le carbone 14 dit quoi
sur les os et les obus ? Les recoupements avec les éléments de
l’inventeur disent quoi sur la grotte ensevelie ? Le 32 décembre c’est
quand ? »
Exergue du volume 2
« Un allemand à Picasso devant Guernica :
-C’est vous qui avez fait cela ?
–Non, c’est vous. »
Le 32 décembre s’inscrit dans la série débutée par Le Sommeil du
Monstre parue en 1998. Un troisième volume viendra clore cette série.
A propos du Sommeil du monstre
« J’ai 10 jours, je
me souviens….L’explosion terrible qui déchire le ciel de nuit et fait
pleuvoir dans l’hôpital n’est ni un tir d’artillerie, ni une
bombe…C’est un coup de tonnerre de mon tout premier orage. Une colère
du ciel qui me rassure, autrement plus impressionnante que le feu des
hommes….Car je suis un orphelin de10 jours heureux de sentir la nature
plus forte qu’eux. Ce même jour J.10, un infirmière dépose un paquet
dans le grand lit blanc, Amir et Moi. Ce paquet de quelques heures à
peine s’appelle Leyla Mirkovic… Pour la première fois, nous voici
réunis tous les 3 . Nos têtes encastrées les une dans les autres et
nos corps tendus comme les branches d’une étoile. Je le mets à
l’écoute des bruits de nos vies. Je suis l’aîné vieux de 10 jours,
l’orphelin heureux qui aime Leyla, qui aime Amir , et qui aime le
bruit du ciel en colère
Le Sommeil du
monstre est avant tout un livre sur la mémoire.
Mémoire individuelle, collective et prospective, où se mêlent des
images écrites de l’éclatement de la Yougoslavie, « lieu » de
naissance d’Enki Bilal et des images peintes d’une étrange conjugaison
passé-présent-futur.
Mémoire potentielle aussi, plausible, et pourtant à éviter, dans la
mesure du possible. Une mémoire qui n’aurait tiré aucune leçon
sérieuse du trop extraordinaire 20ième siècle.
Note d’espoir cependant, à laquelle teint l’auteur : ses personnages
ont encore besoin d’aimer.
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