Les bourlottes vivent en tribus dans les monts Agalpuchs. Elles dorment l'après-midi et se lèvent au crépuscule pour faire leurs exercices. Quand la nuit est bien noire au-dessus des bergomiers et des fagalbas, elles vont dormir en tas, tranquilles dans d'immenses hamacs.
C'est un peuple d'écouteurs qui se nourrit de bruits : juste avant l'aube, leurs oreilles principales se déploient et attrapent les bruits du matin.
Pour ce premier repas, les bourlottes se dispersent dans leur territoire : celle-là, posée au bord du torrent, cette autre, l'oreille contre un nid d'engoulevent ou encore, assise à la fourche d'un bergomier. Dans les premiers frissons du jour, tout le monde trouve sa place sans hâte, dans un
léger piétinement d'oiseaux.
Puis les bourlottes se réunissent pour leurs occupations : chasse aux bruits ou brassage des linges. Elles replient alors leurs oreilles principales et utilisent de petites oreilles annexes situées aux coudes et aux genoux. Petites oreilles pour écouter leur corps : vérifier que le sang bat en mesure dans les veines et que les articulations ne grincent pas. Avec ces oreilles annexes, elles communiquent entre elles. Vibrations d'ailes de libellules qui fabriquent des mots.
Naissance de Tiquetonne
Tiquetonne est la plus petite des bourlottes. Elle n'est pas née comme les autres, elle est née d'une cuisse de nymphému, tout simplement. Le nymphému est son arbre de naissance. La cuisse s'est ouverte comme une bouche qui dit bonjour. Tiquetonne s'est présentée sur le bord et elle est descendue dans la vie des bourlottes. La bouche a disparu. La cuisse de nymphému est redevenue lisse, sans trace. Tiquetonne étant née, mine de rien, elle a vaqué à ses occupations, comme les autres bourlottes. Il lui restait une humeur particulière de cette singulière venue au monde. Rapide, pointue, précise, Tiquetonne décide. Aussi impérieuse que petite, elle ordonne.