A propos des
"Âmes grises"
(ed. Stock)
Un village à l’est,
V, Verdun ? , « A moins de 15 lieux on s’égorgent à l’arme blanche
en faisant dans son froc » en 1917, en hiver, un village entourée
de collines, la guerre, on l’entend, elle est là, autour, …Mais les
hommes restent car il y a une usine à faire tourner… Le village
c’est un monde avec ses figures et ses mystères, le procureur Destinat,
surnommé Bois –le- sang ou Monsieur le procureur selon, et on soulève
sa casquette quand il passe….Un homme austère, au passé douloureux,
énigmatique, un homme retiré dans son château, ermite solitaire, qui
vit sur les bords du canal.
Un magistrat gros, gras, ils se détestent ces deux- là.
La place du village avec son café et Belle du Jour, l’enfant du patron
une petit fille, un ange de dix ans. Et puis le narrateur, vieux
policier ou gendarme dit-on, qui se souvient du fait divers qui a
cristallisé la communauté pendant ces temps de guerre : Belle de jour,
un ange oui, véritablement et définitivement, retrouvée étranglée et
jetée dans le canal.
Au delà de
l’affaire criminelle qui est le fil rouge, au suspens digne des
meilleurs Maigret, Simenon, ou polars, le sujet du roman est bien ce
que Claudel nomment ces âmes grises, ces âmes qui ont un poids sur la
conscience, un secret, ces hommes en noirs ou blancs qui n’existent
pas, c’est une question de nuance de confusion aussi, entre des
horreurs ordinaires et la grande Horreur, entre les planqués et les
gueules cassés qui errent dans la bourgade et narguent, tourmentent
les « lâches » restés au chaud ….
C’est un art du
portrait en quelques traits, c’est la chronique locale qui s’étend
au-delà jusqu’à nous, ici, en 2003, ce sont les non-dits, les
scrupules, l’étroitesse et l’immensité de la communauté humaine.
Un tragédie incarnée dans laquelle les personnages sont chair et sang,
actes vils , élans généreux, bien et mal, , une vision sans
caricature ni jugement, un sobriété de l’écriture parce que
méticuleuse qui précise et évoque sans crier ou affirmer : Chef
d’œuvre.↑