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Antonio Lobo Antunes
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Antonio Lobo Antunes :

Biographie - Bonsoir les choses d'ici-bas - Extraits - Propos de l'auteur - Revue de presse - Bibliographie

Biographie

Né en 1942 à Lisbonne et issu de la grande bourgeoisie portugaise, António Lobo Antunes fait des études de médecine et se spécialise en psychiatrie, métier qu'il a exercé à l'hôpital Miguel Bombarda. Il vit à Lisbonne. Auteur à ce jour de seize romans qui sont traduits en anglais, néerlandais, allemand, danois, suédois, italien, turc et espagnol, il est aujourd'hui l'une des figures majeures de la littérature européenne. Il existe de nombreuses thèses et essais sur son oeuvre, notamment aux Etats-Unis, au Brésil et en France.

Bonsoir les choses d'ici-bas

RÉSUMÉ DU LIVRE

Quand les Américains ont su qu'il y avait des diamants en Angola, la guerre coloniale s'est aggravée. A Lisbonne, les services de contre-espionnage impliqués dans le trafic des diamants, ont alors envoyé successivement plusieurs agents à Luanda, tous chargés de la même mission : récupérer les diamants. Mais aucun d'entre-eux n'en est revenu, tous ont été traqués à tour de rôle puis assassinés.

Extrait

La première phrase :
Je ne sais plus si elle m'a dit - Ma maison était là ou (peut-être) - Il y a vingt ans ou (possible, mais je n'en suis pas sûr) - J'ai vécu ici.

...les empreintes de son corps et de celui de mon père superposées dans le fauteuil, la mienne inexistante, ou peut-être sur le canapé de madame Susana, peut-être sur une marche où je me plais à penser que Marina qui ne verrait aucun inconvénient à attendre avec moi, devant les tournesols, tout comme je l'attendais dans le bidonville après mon travail, m'apercevant que tout est simple comme si je rentrais chez moi sans jamais être parti de Lisbonne, ...

Propos de l'auteur

« Vous avez renoncé à un livre sur la guerre en Angola en vous décidant à écrire Bonsoir les choses d’ici-bas ?
- Quand j’ai commencé, le livre n’avait pour ainsi dire rien à voir avec l’Angola. Le sujet, c’était les sectes religieuses. C’était relativement inspiré de faits réels. Mais au deuxième chapitre, le livre s’est modifié et j’ai compris qu’il ne voulait pas de cette histoire… Avant je me lançais dans un livre avec des plans très détaillés, maintenant je m’embarque pratiquement sans rien, celui-ci j’ai commencé à l’écrire sans rien.

- Que s’est-il passé ensuite ?
- L’idée m’est venue des diamants, des agents… Un livre m’apparaît toujours davantage comme un organisme vivant, il fait ce qu’il veut. Et je dois le suivre à la trace, faire ce qu’il exige. C’est un organisme indépendant.

- Il y a au moins dix voix principales dans ce roman. Elles sont apparues au fur et à mesure que vous écriviez le roman ?

- Exactement.

- Comment faites-vous pour ne pas vous perdre dans ce carrousel de voix, sans un schéma, sans un plan ?
- Hum… il se fait tout seul. Toujours plus.

- Vous venez de dire qu’il s’agissait d’un Angola inventé…
- Tout comme le Portugal est inventé… »

(Lucas Coelho, Milfolhas, Novembre 2003)
Traduit du portugais par Carlos Batista

Citations :

> Ecrire, c'est faire pleurer sans tendre un mouchoir.
Extrait d'une interview dans Libération - 6 Mai 2004

> Si on ne sait pas vivre, comment peut-on savoir mourir ?
Extrait d'un Entretien avec Catherine Argand - Novembre 1999

> Pour écrire il ne faut pas être trop intelligent, il faut être un idiot fulgurant.
Extrait d'un Entretien avec Catherine Argand - Novembre 1999

«Ce n’est pas nous qui devons être intelligents ; c’est le livre qui doit l’être.»  "Sans l'écriture, ma vie n'a aucun intérêt. Elle est si réduite..."
Extrait du livre 'Conversations avec Antonio Lobo-Antunes'

LES EXTRAITS de "Conversations avec Antonio Lobo-Antunes"

Mon père a conservé certains de mes feuillets où, sous le titre "Oeuvres complètes d'Antonio Lobo Antunes, romans, nouvelles, récits, essais...", j'énumérais des oeuvres jusqu'à l'an 2000, avec titre et tout et tout. À treize ans, j'avais déjà des oeuvres complètes considérables, et je les ai montrées à ma mère avec fierté. En bonne mère, elle m'a beaucoup encouragé ; elle m'a dit : "Ca ne vaut rien, travaille bien pour être médecin plus tard, parce que comme écrivain tu n'arriveras à rien."

Hier, je relisais 'Ulysse' de Joyce, et je considère que ce roman est fabuleux du point de vue de sa richesse verbale, mais en même temps je l'ai trouvé un peu ennuyeux parce que je ne comprenais pas à quoi servait cet extraordinaire étalage verbal. La pirouette pour la pirouette, cette fabuleuse démonstration d'une immense capacité d'invention verbale, je trouvais que ça tournait un peu à vide parce que ça ne servait pas l'histoire dans le sens de l'efficacité narrative.
Il est certes important de dominer le langage, les mots, mais, en ce qui me concerne, ça m'ennuierait beaucoup si je m'en tenais là parce qu'on finit par se rendre compte que ce n'est pas ce qui importe le plus.
Ce qui est important, c'est que le livre se fasse tout seul, qu'il existe en soi et vaille quelque chose par lui-même, et pas que ce soit nous qui l'ayons fait ; que le livre soit intelligent, et pas que nous le soyons, nous.

Revue de presse

Entrer dans un roman d'António Lobo Antunes, c'est pénétrer dans un maquis carnivore qui menace de vous happer à chaque phrase. Car il s'exhale des écrits sombres et denses de ce très grand écrivain portugais, une sorte de maléfice qui envoûte et déroute à la fois. Exigeant une grande concentration de la part du lecteur, le romancier n'en est pas moins très populaire dans son pays. La profonde humanité de ses livres, imbibés de substance existentielle et de sensualité, comme le sont ceux d'un Simenon, mais à la fois traversés de litanies
mélancoliques et de piques satiriques, y est sans doute pour beaucoup. »
Jean-Louis Kuffer - 24 heures LausanneLA REVUE DE PRESSE

Libération - Philippe Lançon (6 Mai 2004)
Les confessions du Portugais António Lobo Antunes, condamné dès l'enfance à l'excellence.

L'Humanité - Alain Nicolas (1er Avril 2004)
Aussi ces entretiens échappent-ils aux limites traditionnelles du genre : la périodisation conventionnelle, et la réduction mécanique de l'oeuvre à la vie. Ici, les relations entre les éléments biographiques et les conceptions littéraires de l'écrivain sont sans cesse imbriquées. On y voit la réflexion de l'auteur sur son oeuvre s'enrichir de son expérience vitale et de son apprentissage de l'art du roman.

Le Temps - Isabelle Rüf (3 Avril 2004)
Au cours de ces 'Conversations' (Conversaciones con António Lobo Antunes), le romancier portugais apparaît en travailleur acharné, peinant jour après jour, dans une routine quasi monacale. Lui qui admire tant la légèreté des poètes capables de tout suggérer en deux vers se désole de sa pesanteur.

Bibliographie

- Bonsoir les choses d'ici-bas, 2005
- Livre de Chroniques III, 2004
- Que ferai-je quand tout brûle ?, 2003
- N'entre pas si vite dans cette nuit noire, 2001
- Livre de chroniques, 2000
- Exhortation aux crocodiles, 1999
- Le Retour des caravelles, 1999
- Connaissance de l'enfer, 1998
- Mémoire d'éléphant, 1998
- La Splendeur du Portugal, 1998
- Le manuel des inquisiteurs, 1996
- La mort de Carlos Gardel, 1995
- L'Ordre naturel des choses, 1994
- Traité des passions de l'âme, 1993
- La Farce des damnés, 1992
- Explication des oiseaux, 1991

Quelques titres

N’entre pas si vite dans cette nuit noire, 2001 :
Maria Clara, «  Mademoiselle », l’homme de la maison, livre pensées et souvenirs. Une villa d’Estoril abritant connivences et conflits entre maîtres et domestiques. Le casino  où la grand-mère joue l’argent que lui donne sa dame de compagnie. Une sœur haïe pour  sa beauté. Un père aimé, sans famille, retiré dans un grenier où il défend d’entrer, jusqu’au jour où il part à l’hôpital  pour une opération à cœur ouvert.. Maria Clara s’empare de la clef. Au fond des armoires, la relique d’une filiation ignorée : photos, cahiers d’écoliers, jouets. Autant d’indices sur lesquels Maria Clara s’arrête et se perd au fil d’un enquête généalogique. Le récit prolifère, bifurque en jeu de conjectures et de surimpressions.
Cette chronique mobile d’une enfance enfouie apparaît enfin comme le journal intime de Maria Clara, rédigé trente ans plus tard. L’objet du récit renvoie alors à l’histoire de ce journal, à sa création. Un renvoi au  premier genre littéraire : la cosmogonie.

La Splendeur du Portugal, 1998 :
A travers les monologues alternés d’une mère et de ses trois enfants, derniers rejetons d’une riche lignée de colons portugais en Angola, ce roman dresse le sombre bilan d’un processus historique d’avilissement d’une catégorie d’êtres humains.
Au fil des évocations tragiques et de scènes bouffonnes, entrelaçant l’atmosphère d’un pays déchiré par la guerre et celle des temps de la prospérité coloniale, ces personnages dévoilent les arcanes de leurs vies antérieures là où le vent de leur identité se désagrège.
Minés par la folie à force de vivre à contre-destin, ils resteront écartelés entre leur attachement ombilical à l’Afrique de leur enfance  et la honte d’admettre que cette Afrique de rêve recouvrait un effroyable cauchemar.

Le Manuel des Inquisiteurs, 1996 :
Dans ce livre,  «  le fou qui hurle ses souvenirs dans une clinique pour vieillards, un vase de nuit glissé entre ses jambes de squelettes, ce fou fut un homme puissant redouté. Un ministre. Ou tout  comme. Un de ceux qui gouvernent, en secret. Un de ceux qui tuent sans payer pour le crime. (…) Il écrivait  des discours, inaugurait des orphelinats, faisait sauter des têtes, saluait les princes anglais venus en visites, s’achetait (…) une jeune fille  pétrifiée de peur qu’il déguisait en épouse notable (…) et buvait le thé en compagnie de Salazar et d’un amiral à la poitrine blindée de médailles (…) Mais son pouvoir fut bref. Car rien ne dure dans l’univers de l’auteur, ni l’amour, ni la beauté, ni le pouvoir. Tous les puissants devraient s’en souvenir. »
Lydie Salvayre,  Les Inrockuptibles.

Traité des passions de l‘âme, 1993 :
A Lisbonne, deux amis d’enfance se retrouvent face à face : un juge d’instruction et un membre d’une organisation terroriste.
Au fil de l’enquête judiciaire, souvenirs et monologues des  différents personnages vont alors s’entrelacer, multipliant notes d’humour et situations sordides, visions du passé et complexes réalités du présent.
Au rythme d’une prose effréné et féroce, qui nous mène au cœur d’un Portugal où les rêves de révolution riment avec le sombre fatalisme du fado, l’auteur brosse une fresque où l’Histoire et les hiérarchies sociales  se heurtent aux manipulations du pouvoir.

Explication aux oiseaux, 1991 :
Dans ce chef d’œuvre de la mémoire, mêlant – souvent dans une même phrase - passés, présents, avenirs de ceux et celles qui l’entourent, Rui S. nous mène vers son suicide annoncé. Pour cet homme brisé qui estime avoir raté sa vie, mariages, paternité, engagement politique, positions sociales et professionnelles n’on été que des échecs successifs.
Les oiseaux, un rêve d’enfant resté omniprésent durant toute son existence,  constituent les seuls souvenirs heureux qu’il parvienne à maintenir vivants et qui l’accompagneront jusque dans la mort. Entre l’illusion, poésie et satire, l’auteur, fait de  cette œuvre, son hommage - combien magnifique - à Fellini, et s’impose comme un très grand écrivain européen.