Revue de presse
Entrer dans un roman d'António Lobo Antunes, c'est pénétrer dans un maquis carnivore qui menace de vous happer à chaque phrase. Car il s'exhale des écrits sombres et denses de ce très grand écrivain portugais, une sorte de maléfice qui envoûte et déroute à la fois. Exigeant une grande concentration de la part du lecteur, le romancier n'en est pas moins très populaire dans son pays. La profonde humanité de ses livres, imbibés de substance existentielle et de sensualité, comme le sont ceux d'un Simenon, mais à la fois traversés de litanies
mélancoliques et de piques satiriques, y est sans doute pour beaucoup. »
Jean-Louis Kuffer - 24 heures LausanneLA REVUE DE PRESSE
Libération - Philippe Lançon (6 Mai 2004)
Les confessions du Portugais António Lobo Antunes, condamné dès l'enfance à l'excellence.
L'Humanité - Alain Nicolas (1er Avril 2004)
Aussi ces entretiens échappent-ils aux limites traditionnelles du genre : la périodisation conventionnelle, et la réduction mécanique de l'oeuvre à la vie. Ici, les relations entre les éléments biographiques et les conceptions littéraires de l'écrivain sont sans cesse imbriquées. On y voit la réflexion de l'auteur sur son oeuvre s'enrichir de son expérience vitale et de son apprentissage de l'art du roman.
Le Temps - Isabelle Rüf (3 Avril 2004)
Au cours de ces 'Conversations' (Conversaciones con António Lobo Antunes), le romancier portugais apparaît en travailleur acharné, peinant jour après jour, dans une routine quasi monacale. Lui qui admire tant la légèreté des poètes capables de tout suggérer en deux vers se désole de sa pesanteur.
Bibliographie
- Bonsoir les choses d'ici-bas, 2005
- Livre de Chroniques III, 2004
- Que ferai-je quand tout brûle ?, 2003
- N'entre pas si vite dans cette nuit noire, 2001
- Livre de chroniques, 2000
- Exhortation aux crocodiles, 1999
- Le Retour des caravelles, 1999
- Connaissance de l'enfer, 1998
- Mémoire d'éléphant, 1998
- La Splendeur du Portugal, 1998
- Le manuel des inquisiteurs, 1996
- La mort de Carlos Gardel, 1995
- L'Ordre naturel des choses, 1994
- Traité des passions de l'âme, 1993
- La Farce des damnés, 1992
- Explication des oiseaux, 1991
Quelques titres
N’entre pas si vite dans cette nuit noire, 2001 :
Maria Clara, « Mademoiselle », l’homme de la maison, livre pensées et souvenirs. Une villa d’Estoril abritant connivences et conflits entre maîtres et domestiques. Le casino où la grand-mère joue l’argent que lui donne sa dame de compagnie. Une sœur haïe pour sa beauté. Un père aimé, sans famille, retiré dans un grenier où il défend d’entrer, jusqu’au jour où il part à l’hôpital pour une opération à cœur ouvert.. Maria Clara s’empare de la clef. Au fond des armoires, la relique d’une filiation ignorée : photos, cahiers d’écoliers, jouets. Autant d’indices sur lesquels Maria Clara s’arrête et se perd au fil d’un enquête généalogique. Le récit prolifère, bifurque en jeu de conjectures et de surimpressions.
Cette chronique mobile d’une enfance enfouie apparaît enfin comme le journal intime de Maria Clara, rédigé trente ans plus tard. L’objet du récit renvoie alors à l’histoire de ce journal, à sa création. Un renvoi au premier genre littéraire : la cosmogonie.
La Splendeur du Portugal, 1998 :
A travers les monologues alternés d’une mère et de ses trois enfants, derniers rejetons d’une riche lignée de colons portugais en Angola, ce roman dresse le sombre bilan d’un processus historique d’avilissement d’une catégorie d’êtres humains.
Au fil des évocations tragiques et de scènes bouffonnes, entrelaçant l’atmosphère d’un pays déchiré par la guerre et celle des temps de la prospérité coloniale, ces personnages dévoilent les arcanes de leurs vies antérieures là où le vent de leur identité se désagrège.
Minés par la folie à force de vivre à contre-destin, ils resteront écartelés entre leur attachement ombilical à l’Afrique de leur enfance et la honte d’admettre que cette Afrique de rêve recouvrait un effroyable cauchemar.
Le Manuel des Inquisiteurs, 1996 :
Dans ce livre, « le fou qui hurle ses souvenirs dans une clinique pour vieillards, un vase de nuit glissé entre ses jambes de squelettes, ce fou fut un homme puissant redouté. Un ministre. Ou tout comme. Un de ceux qui gouvernent, en secret. Un de ceux qui tuent sans payer pour le crime. (…) Il écrivait des discours, inaugurait des orphelinats, faisait sauter des têtes, saluait les princes anglais venus en visites, s’achetait (…) une jeune fille pétrifiée de peur qu’il déguisait en épouse notable (…) et buvait le thé en compagnie de Salazar et d’un amiral à la poitrine blindée de médailles (…) Mais son pouvoir fut bref. Car rien ne dure dans l’univers de l’auteur, ni l’amour, ni la beauté, ni le pouvoir. Tous les puissants devraient s’en souvenir. »
Lydie Salvayre, Les Inrockuptibles.
Traité des passions de l‘âme, 1993 :
A Lisbonne, deux amis d’enfance se retrouvent face à face : un juge d’instruction et un membre d’une organisation terroriste.
Au fil de l’enquête judiciaire, souvenirs et monologues des différents personnages vont alors s’entrelacer, multipliant notes d’humour et situations sordides, visions du passé et complexes réalités du présent.
Au rythme d’une prose effréné et féroce, qui nous mène au cœur d’un Portugal où les rêves de révolution riment avec le sombre fatalisme du fado, l’auteur brosse une fresque où l’Histoire et les hiérarchies sociales se heurtent aux manipulations du pouvoir.
Explication aux oiseaux, 1991 :
Dans ce chef d’œuvre de la mémoire, mêlant – souvent dans une même phrase - passés, présents, avenirs de ceux et celles qui l’entourent, Rui S. nous mène vers son suicide annoncé. Pour cet homme brisé qui estime avoir raté sa vie, mariages, paternité, engagement politique, positions sociales et professionnelles n’on été que des échecs successifs.
Les oiseaux, un rêve d’enfant resté omniprésent durant toute son existence, constituent les seuls souvenirs heureux qu’il parvienne à maintenir vivants et qui l’accompagneront jusque dans la mort. Entre l’illusion, poésie et satire, l’auteur, fait de cette œuvre, son hommage - combien magnifique - à Fellini, et s’impose comme un très grand écrivain européen.