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Pourquoi une rencontre - portrait du romancier Richard Millet et de son oeuvre complète?

C'est un romancier qui nous a toujours paru hors norme, exigeant, silencieux,  construisant roman  après roman  une véritable cosmogonie littéraire, fictive et ancrée dans une mémoire, celle de la terre de Corrèze, dessinant une géographie littéraire où faire évoluer ces toujours mêmes personnages qui, tels les Rougon-Macquart de Zola ou La Comédie Humaine de Balzac, apparaissent, réapparaissent de roman en roman , avouant leurs liens de parenté , de haine ou d'amitié, d'amour ou de jalousie... Plus qu'un écrivain, Millet crée une société née de ses mondes fictifs et autobiographiques. Né à Viam en Corrèze, les romans se déroulent souvent à Siom, pendant fictif d'un village bien réel. Un monde littéraire en terre de Corrèze, autour et sur le Plateau de Millevaches. Territoires pleins de ces histoires qui, comme des cailloux  qui à force de rouler de bouche en bouche, de génération en génération, se déforment, de ces vieilles histoires qui ne sont  plus ni vraies ni fausses, mais davantage mystérieuses.

Des terres qui portent leurs légendes, cruautés,  vertus et miracles, leurs moeurs et rites, leurs blessures et richesses, l'ensemble exacerbé par une nature puissante, exigeante, sombre et envoûtante.

Richard Millet est pour nous un Grand Romancier, de ceux qui restent rares dans notre paysage littéraire, un Vrai qui travaille à son monde littéraire. Et ce, dans un style qui, pour être âpre, se doit d'être et est, d'une puissance remarquable, d'une beauté  sans fioriture, sans académisme mais marqué par le culte revendiqué du BIEN -ECRIRE. On entend ces voix qui fouillent les terres, les âmes, les avenirs, et passés, on se laisse emporté par ces cascades de phrases ciselées et souterraines, par un style d'une musicalité  et d'un rythme rares. On pense au choeur antique comme dans  d'anciennes tragédies grecques. L'ensemble orchestré par un romancier qui privilégie le bonheur de lecture, évitant  tout ce qui serait lassant, hermétique ou  maniéré.

Non, Richard Millet est là pour vous raconter des/ses histoires dans un style qui fait entrer le lecteur en son oeuvre mais ne l'en laisse plus ressortir ! A peine : goûté Le Gloire des Pyhtres ou Les trois Soeurs Piale, ou encore Le Renard dans le nom,  on veut savoir, comprendre et tout lire...

Et à lire, il y a : plus de 25 oeuvres vous attendent dans leurs secrets.

C'est pour tout cela et pour  d'autres raisons qui seront évoquées, Jeudi 5 février 19h 15 -21h, que nous avons voulu vous proposer une rencontre portrait de l'homme et de son oeuvre.

Richard Millet sera là, Jeudi 5 février dès 19h15 à  Comme un Roman, et l'interview sera mené afin  que vous sachiez à quel point Richard Millet est un romancier qui devrait et doit être davantage connu. Car  Richard Millet n'est pas un médiatique et c'est tout à son honneur. Ainsi  certes il a un lectorat  assidu, fidèle ne ratant jamais une sortie de Millet, mais des lecteurs qui ont eu la chance de le découvrir dans un article, une librairie, par un conseil...

Et c'est cette chance que nous voulons vous offrir Jeudi 5 février  de 19h15 à 21h avec ce interview-débat suivi d'un  apéritif signature.

Karine & Xavier

 


Biographie

Richard Millet est né en 1953, à Viam, en Haute Corrèze. Il vivra de 7 à 14 ans au Liban, puis rentrera en France, à Paris. Il aura déjà connu, à 14 ans, deux exils qu'il va tenter de réduire par le chemin de l'écriture. Ma vie parmi les ombres est son vingt-cinquième titre publié.


Richard Millet - Ma vie parmi les ombres
Roman. Collection blanche - 629 pages - 24 € - Gallimard

J'ai vu s'éteindre, à Siom, sur les hautes terres limousines, entre les années 60 et le début de ce nouveau millénaire, le monde rural dans lequel je suis né.
J'ai vu finir une civilisation qui avait duré des siècles.
Ils sont tous morts, les Bugeaud comme toutes les grandes familles siomoises, et c'est pourtant parmi eux, hommes et femmes que j'ai vus vivre et que je croyais immortels, que j'erre aujourd'hui, perdu ou sauvé par l'écriture, ombre parmi les grandes ombres de Siom.

La Gloire des Pyhtre
384 pages - Collection Folio (1997), Gallimard - 8,50 €

C'est en Corrèze, sur le plateau de Millevaches, l'histoire de la famille de Pythre, une histoire qui va de la fin du siècle dernier à nos jours.
Au commencement, il y a André Pythre qui arrive un soir au village, venu d'un canton voisin, le bout du monde, avec une demi-idiote, sa femme ou sa domestique, on ne sait. André Pythre est un personnage hors du commun, taciturne et mélancolique, en qui semblent se résumer des siècles de privations et d'entêtement à survivre en même temps qu'une volonté féroce de s'en sortir, d'échapper au nom impossible, au granit, à l'eau, au ciel trop bleu, à la jalousie des autres, à cette terre noire et froide qu'il faut disputer aux genêts, aux ajoncs, à la pierre.
Mais comment vaincre la «maudissure» qui vous suit, vous et les vôtres depuis si longtemps, comment vaincre ce qui gît en vous-même et vous entraîne vers le silence et la nuit ?

L'Amour des Trois Soeurs Piale
368 pages - Collection Folio (1999), Gallimard - 6,30 €

Au milieu des vents, des pluies et des voix sombres des bois du plateau de Millevaches, dans la grande nuit corrézienne, voici l'histoire de trois femmes fières. Yvonne, Lucie, Amélie : les trois soeurs Piale.
Trois vies de femmes : l'interminable déception, les rêves qui se brisent comme de la vaisselle, un goût de vieille neige dans la bouche, et toutes ces chambres où l'on n'arrive pas à se réchauffer, l'enfance perdue, la stupeur, l'incrédulité devant le temps qui a passé, les rires blancs, l'acceptation de la mort et du recommencement, même s'il n'y a ni commencement ni fin, mais seulement ce don, ce versement de sang, cette cascade qui tombe d'être en être, interminablement.

L' Angélus - La Chambre d'Ivoire - L'Écrivain Sirieix
Préface de l'auteur, 288 pages - Collection Folio [2001]- Gallimard - 5,00 €

Voici trois courts romans, d'abord publiés séparément et rassemblés ici parce qu'ils peuvent se lire comme trois variations sur le thème de la création artistique : la musique pour L'angélus, la peinture dans La chambre d'ivoire et la littérature avec L'écrivain Sirieix. Trois autoportraits dans lesquels la ressemblance avec l'auteur est à la fois certaine et mensongère - en tout cas ironique. Les femmes, aussi, y sont infiniment présentes, impitoyables, lointaines à force d'être proches.

Lauve Le Pur.
Édition revue par l'auteur, 384 pages - Collection Folio (2001) - Gallimard - 7,00

Il est professeur dans une banlieue difficile de Paris. Mais ses racines plongent dans le Limousin, au coeur de la province française. Dans ses classes, les élèves sont durs, violents. Peut-être d'autant plus qu'il est, lui, resté un enfant, l'enfant soumis d'un père tyrannique, l'enfant abandonné d'une mère trop tôt enfuie et qu'il recherche dans chaque femme.
Lauve, Lauve le pur, est à jamais du côté de ceux qui ont tout perdu, qui ont toujours tort, ni là ni ailleurs : intellectuel pour les paysans, provincial chez les Parisiens, faible parmi les forts, innocent avec les innocents

La Voix d'Alto
304 pages - Collection blanche [2001] - Gallimard

Entre l'éclipse d'août 1999 et les mois qui suivent les tempêtes de la fin du siècle, une femme achève de raconter à son amant ce qui l'a conduite à fuir son Québec natal, sa famille et sa langue maternelle, l'anglais, pour venir vivre à Paris. Elle est radiologue. L'amant est un altiste réputé, originaire des hautes terres limousines. Entre eux, une relation très étrange, dans laquelle la parole compte autant que le sexe, et l'enfance autant que la musique. Ils s'aiment dans la proximité comme dans l'éloignement et la multiplicité des aventures parallèles, entre ce centre du monde qu'est l'île Saint-Louis à Paris, et Montréal, Amsterdam, Venise, Cracovie, Beyrouth...

Le Renard dans le Nom
128 pages - Collection blanche [2003] Gallimard - 11,00 €

«Je songe à cette très jeune fille assassinée au début des années 60, à Siom, sur les hautes terres limousines.
Je songe à celui qui l'a peut-être tuée, et qui se cachait dans son nom propre, Lavolps, comme un renard en son terrier.
Tous deux sont morts, et seule l'écriture peut aujourd'hui les rendre à leur innocence.»

 

L'Amour mendiant
P.O.L.
Octobre 1996 - 128 pages - 16,01 €

Carnet de croquis, journal, méditation ? Peu importe, car tout ce qui se lit dans ce texte s’entend musicalement et ces notes sur le désir sont aussi bien de musique. D’ailleurs une allusion à Mozart annonce d’emblée l’air du catalogue qui pourrait suivre. Mais il ne s’agit pas de cela : anonymes ou nommées, si tant de femmes ici traversent le champ magnétique du désir c’est qu’un geste, l’intonation d’une voix, un seul regard suffisent parfois à l’embrasement. Et si la dimension érotique de ce livre, son extrême sensualité sont évidentes, il est aussi une réflexion toujours relancée au gré des émotions et des surprises de l’amour. Il est une recherche, la tentative d’élucider le mystère des corps et de leur étreinte. Il va, loin de tout discours, procédant par éclairs, par illuminations, fouiller au plus profond de cette obscurité du vivant qui aime.
« Je n'ai pas de discours sur le désir, l'amour, l'érotisme. Ce sont là des intensités qui menacent le discours tout en produisant abondamment, dans la fragilité comme dans le stéréotype. Je me propose nu, dans l'ambiguïté de l'ostentation et du dégoût de soi, dans la tendre lueur de la mémoire comme dans l'éclat de ce qui me jette vers les femmes. »

 

Coeur blanc
P.O.L.
Février 1994 - 178 pages - 14,48 €

Chacune de ces histoires raconte un secret, et chacune est à l’image du secret qu’elle raconte : retenue et mélancolique d’abord, et puis violente, cruelle.
Elles se déroulent dans des provinces écartées, des provinces sentimentales aussi bien que géographiques, peuplées de femmes seules, d’adolescents tourmentés, de personnages titubants que la chair torture, et la solitude, et les regrets. Ils ont d’égales dispositions pour la droiture et la servilité, ils peuvent rester innocents jusque dans le mal qu’ils font avec aux lèvres un sourire de craie.

 

Le Chant des adolescentes
P.O.L. 
Mars 1993 - 160 pages - 13,57 €

Soixante-dix fois Richard Millet s'exerce à l'art du portrait, portraits de jeunes filles, parfois simplement inspirés par le nom : Carine « son vieil or mat », Maud « syllabe close d'un beau mauve », Gisèle « son prénom m'a longtemps caché son visage ». Chaque portrait dévoile, à partir d'un événement fortuit, l'essence de ces jeunes filles et de la beauté.

 

Accompagnement
P.O.L.
Mai 1991 - 176 pages - 18,29 €

Richard Millet rend compte ici de dix années de son travail de critique littéraire à travers les oeuvres de Henri Michaux, Jean Paulhan, Georges Perros, Michel Chaillou, François Mauriac, Pascal Guignard, Thomas Bernhard, Robert Walzer, Hermon Melville, Peter Handke... oeuvres lues avec patience, avec humilité, dans le désir de retrouver une sorte d'innocence, et de tenter de répondre aux questions qui le hantent : pourquoi lisons-nous? Que font de nous les livres?

 

Laura Mendoza
P.O.L.
Mars 1991 - 128 pages - 10,52 €

Sandra, la narratrice effacée, simple lectrice d'un récit dont elle fut le témoin, rapporte l'amour de Laura Mendoza et de son professeur de lettres, Marc Fournol. Ce professeur pousse Sandra à prendre la parole pour l'aider à surmonter la médiocrité de son propre récit, qui acquiert, par cette mise en abyme, une profondeur et dévoile une réalité à valeur quasi documentaire sur la vie de ces jeunes exilées latino-américaines à l'image de Laura Mendoza. « Pendant une année, j'ai regardé naître, croître et finir ce qu'il me faut bien appeler un amour - dans une distance qui fut, pour Laura comme pour moi, la plus singulière des proximités. Nous n'avons peut-être cherché qu'à saisir ce qui se dérobait, elle dans une sorte de jeu d'une douceur parfois cruelle, et moi dans le trouble, l'émerveillement et, pour m'en délivrer, l'écriture. »

 

Sept passions singulières
P.O.L.
Mars 1985 - 184 pages - 14,48 €

Ces sept récits évoquent des existences entières, silencieusement brûlées : un habitant d'une cité austère se penche sur la vie et la mort d'une servante ; un adolescent qui semble n'être plus que parole avoue les raisons qui lui ont fait quitter notre monde ; un villageois amoureux de cartes de géographie se laisse emporter par l'amour de la grandeur impériale. Les autres récits saisissent les personnages à des moments décisifs de leur vie.
Petites ou obscures, étranges, secrètes, dérisoires même, impérieuses, ces passions ont en commun l'impossibilité de l'amour : les personnages tentent avant tout de mettre fin à une souffrance, à un mystère, aux inévitables malentendus de la parole ; certains se rapprochent d'eux-mêmes - mais trop tard, la plupart se délivrant en se perdant.

 

L'Innocence
P.O.L.
Février 1984 - 114 pages - 10,52 €

Deux hommes, maître et serviteur (mais qui est le maître et qui le serviteur ?) viennent en France, chargés de choisir les livres qui permettront de reconstituer la bibliothèque de leur pays, la Presqu'île, que vient de déchirer une révolution. L'aventure se termine en prison pour le serviteur qui raconte sa double histoire à un scribe. Entre la culpabilité et l'innocence, une quête de la pureté et l'aventure affective et politique du couple maître-esclave.

 

L'Invention du corps de saint Marc
P.O.L.
Mars 1983 - 112 pages - 9,15 €

Un jeune homme, Marc, a renoncé à écrire, « écrire n'était pour lui qu'une longue maladie », et part retrouver deux amis dans un Liban en guerre.
Il y eut des moments, pendant la trop longue guerre civile du Liban, où, des deux côtés, des hommes oublièrent ce pour quoi ils se battaient : seule une immense lassitude, ou une manière de fatalité, les retint au combat. Situation sans doute remarquable, et ni moins tragique ni plus absurde que celle qui conduit Marc à chercher dans des circonstances excessives (la guerre civile libanaise, la maladie, la déréliction) non pas des raisons d'exister mais, si l'on peut dire, des preuves qu'il a existé : comme si avec le simple fait d'avoir conclu - mais trop tard - à la possibilité de vivre commençait le destin (paradoxal, insoutenable et peut-être exemplaire) d'un jeune occidental d'aujourd'hui.

Liens
utiles


- Une critique de Voix D'alto

- Entretien avec Richard Millet