Presse
Le Journal du Dimanche du 23 janvier 2005
Jean Rolin à pas de loup
"Dans Terminal Frigo, l'écrivain arpente le littoral français. Un somptueux crépuscule pour marcheur solitaire à l'écoute des incertitudes de l'existence.
C'est comme ça dans tous ses livres. La réalité est mouvante. Frontières floues, hommes et femmes en perpétuel mouvement, passé revisité par la petite porte, monuments au laisser-aller évident, propos chahutés de tous côtés ? Aucun message. Aucune leçon. Tout est éclaté. Morceaux d'existences bourrés jusqu'à plus soif d'une multitude de ses ennemis. C'est quoi, une vie ?
On ne sait justement pas trop. Il y a seulement de vagues petites esquisses de réponses, rendant tout ça à la fois insupportable et magnifique.
Jean Rolin, dans Terminal Frigo, arpente à nouveaux les territoires de l'entre-deux. (...) On retrouve, dans Terminal Frigo, tout l'univers de Jean Rolin. On y marche beaucoup et on y parle peu. C'est un monde à la dérive lente maintenu par un art de la débrouille. Portraits fugitifs et forts d'hommes rencontrés au hasard des pérégrinations. L'indien Sunny Paul, ingénieur à Saint- Nazaire dans une entreprise chargée de la climatisation du Queen Mary 2, sait ce qu'il veut. Trouver une femme, immigrer aux États-Unis, repousser le spectre de la pauvreté. Miloud, marginal croisé à plusieurs reprises à Calais, où nombre d'immigrants clandestins attendent de pouvoir passer en Angleterre, ressemble à un voyageur anonyme. Il arrive à force d'observations pénétrantes, à éviter maints dangers. Il y a les tracas mais il y a aussi les drames. Le narrateur se retrouve le samedi 15 novembre 2003, lors de l'effondrement de la passerelle d'accès sur le chantier du Queen Mary 2, dans un bistrot enfumé. La patronne s'exclame : “Pourtant on était heureux ! Et la reine d'Angleterre aussi, elle était heureuse !”
Marie-Laure Delorme
Jacques-Pierre Amette, Le Point, jeudi 3 février 2005 n°1690
Jean Rolin Quai des brumes
"Récit entre docks et conteneurs, Jean Rolin flâne dans les plus grands ports français. A mi-chemin de l'enquête, du rêve romantique et de la promenade solitaire, un récit dans la lignée de Julien Gracq. "
La chronique de Daniel Rondeau
L'Express, 7 février 2005
Chaleureux Frigo
Jean Rolin est un écrivain vagabond épris de zones incertaines et de régions frontières, où les hommes semblent toujours un peu détachés d'eux-mêmes, jamais loin de la dérive. Il installe sa vigie de préférence dans les lieux les plus anonymes de nos cités modernes, au sommet de tours en béton, près des nuages et des oiseaux, ou au contraire au plus près du pavé de la rue, dans des bars populaires, où les hommes se réchauffent le coeur et se donnent à eux-mêmes le spectacle d'un théâtre qui est celui des choses de leur vie, c'est-à-dire bien souvent de leurs souffrances.
Tous ses récits sont des promenades où l'observation des humbles (parias, déjantés, exilés en tout genre) se mêle à une mélancolie sans âge, et Terminal Frigo ne déroge pas à cette règle. (...) Pèlerinant d'un port à l'autre, sans jamais s'écarter trop souvent du rivage, il avance comme un funambule entre une réalité qu'il décortique avec un soin méticuleux et ses propres rêveries, qu'il nous livre avec discrétion. (... ) Ses amis de rencontre, dockers, marins français, philippins, polonais ou croates, chômeurs et sans-logis deCalais, immigrants africains, irakiens, indiens ou afghans attendant de passer au Royaume-Uni, peuplent les courts chapitres de Terminal Frigo. Tous ont un destin. Jean Rolin nous fait entrer avec délicatesse dans le roman de leurs vies. Les années ont passé sur lui et ses multiples errances sans le priver de sa curiosité pour ses frères les hommes.
Elle, 14 février 2005
Aux sombres héros de la mer
"(...) Ce nouveau livre montre comment sa nostalgie océanique a conduit Rolin à partir en maraude sur ces confins, ces bords béants que sont les ports : Saint-Nazaire, Le Havre, calais, Dunkerque ... Syndicalistes, clandestins, travailleurs sur le "Queen Mary 2" et tribuns de bistrots : Rolin les écoute tous sans jamais s'impliquer lui-même... Dans cette apparente placidité, ce détachement somnambulique et désenchanté, il y a du Modiano, un Modiano des lisières sidérurgiques, qui ferait son miel de ces lieux de rebut dont personne ne veut, et surtout pas nos romanciers de salons : usines à gaz empanachées de torchères, darses, hauts-fourneaux, incinérateurs d'ordures, conteneurs, empilés, entrepôts désertés sous un violent éclairage au néon. (...) Gérard Pussey