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Jean Teulé - "Je, François Villon" Julliard



Frères humains qui après nous vivez, N'ayez les cœurs contre nous endurcis.
       
Présentation Pourquoi cette rencontre Extrait Bibliographie
 
Résumé

Frères humains qui après nous vivez, N'ayez les cœurs contre nous endurcis." Signé François Villon.  Cet homme est peut-être né le jour de la mort de Jeanne d'Arc. On a pendu son père et supplicié sa mère. Il a appris le grec et le latin à l'université de Paris. Il a joui, menti, volé dès son plus jeune âge. Il a fréquenté les miséreux et les nantis, les étudiants, les curés, les prostituées, les assassins, les poètes et les rois. Aucun sentiment humain ne lui était étranger. Des plus sublimes aux plus atroces, il a commis tous les actes qu'un homme peut commettre. Il a traversé comme un météore trente années de l'histoire de son temps et a disparu un matin sur la route d'Orléans. Il a donné au monde des poèmes puissants et mystérieux, et ouvert cette voie somptueuse qu'emprunteront à sa suite tous les autres poètes : l'absolue liberté. .

 
Pourquoi cette rencontre

Parce que Jean Teulé  a su réaliser un trioloigie sublime : après Rimbaud et  Verlaine, oh ! superbe bouquet final, Jean Teulé  choisit de se glisser dans les mots, la chair, les yeux de François Villon. Et ce n’était pas mince défi car l’homme Villon n’est de ceux qui se laissent facilement approcher. Avec ses rimes coupe-gorges, ses vers buveurs de belles lèvres, Villon est homme dont les âme et corps furent très tôt ivres de la dive vie. Le vers toujours à la bouche, la bouche rouge de vin partout déclamant ses poèmes dans les tavernes et les bordels, dénonçant l’injustice, détroussant les riches. Il fallait pouvoir le suivre le François, homme près à tout, à tuer comme à baiser femme. Et bien J.Teulé a réussi. Il nous amène si près du poète, si près de ses mots, à la naissance même de leur rime : puisqu’un poème de Villon est à lui seul une scène, alors J.Teulé peint la scène puis laisse Villon la chanter, ainsi d’alterner en toute fluidité prose et pause poétique. La vie du poète ainsi s’écrit et nous plonge dans l’atmosphère du Paris moyenâgeux avec ses rues pestilentielles, ses sévices, sa pauvreté, sa folie, sa vitalité partout grouillantedes auberges. Une restitution d'époque parfaite ! Et toujours ce souci du lecteur, est-ce à dire qu’il s’agit bien-là d’un roman dont on tourne les pages avec frénésie.

C'est aussi parce que je sais avec quelle méticulosité Jean Teulé travaille sa documentation avant de s'emparer de la vie d'un de nos illustres poètes et que  je veux savoir comment il réussit cette alchimie entre faits de vie, événements historiques avérés et création romanesque ! Une chose est certaine tout ce qu'il écrit sur ces poètes a été  vérifié  et pourtant il y a création romanesque ... Rien que cela serait déjà une question à lui poser et tant d'autres...

Vivement Jeudi 23 mars et croisons les doigts que la grève générale ne tombe ce jour-là !!!

Karine Henry

 
Extrait
— Donc, tu écris des poèmes… Et depuis longtemps ?
— J’ai commencé vers l’âge de quatorze ans.
— Ah bon ? Cela fait sept ans… Et pourquoi tu ne me l’as jamais dit ? Vous saviez qu’il écrivait des poèmes, vous, Trassecaille ?
— Non.
Lorsque le chanoine et son bedeau sont entrés dans la taverne flamboyante, pleine du cri des buveurs et du ricanement des ribaudes, moi, j’étais, de dos, debout sur une table. À vingt et un ans, clerc tonsuré le matin même – parce qu’en ce jour du 26 août 1452 j’ai enfin obtenu ma maîtrise ès arts… –, j’avais les jambes écartées dans ma nouvelle robe de bure et les bras étendus de chaque côté. Chaussé d’amusants souliers rouges qu’on m’avait prêtés, je m’étais coiffé d’un chapeau de fleurs et roulais des yeux sur un public tout acquis à ma cause. Il y avait là des ouvriers, des étudiants, des marins du port de Saint-Landry, des clercs de la Cité et des putains qui allaient reprendre en chœur le refrain de mon poème. J’avais tendu un doigt vers la blouse plissée d’un apprenti coiffé du calot des tailleurs de pierre et, d’un débit rapide et saccadé, lui avais assené le début de ma " Ballade de bonne doctrine à ceux de mauvaise vie " :
— Car que tu sois faux pèlerin, tricheur ou hasardeur de dés, faux-monnayeur, et que tu te brûles comme ceux que l’on fait bouillir, traître parjure, déshonoré, que tu sois larron, chapardeur ou pillard, où s’en va le butin, que croyez-vous ?
La salle entière répondit :
Tout aux tavernes et aux filles !

 ( ... ) Une fille m’apporte une volaille : " Voilà le canard que tu as étranglé sur les fortifications. " Je demande au chanoine et au bedeau : " Que voulez-vous boire ? Rien ? Mais si… Un lait de chèvre, de vache ? Plutôt non, dis-je à la servante. Sers-leur deux eaux de gingembre et pour moi un hypocras. "
Dans la salle, Tabarie circule de table en table et vend aux étudiants, aux clercs, des copies de ma ballade.
— Gagnes-tu quelques revenus avec ces " beaux diz " ? m’interroge mon tuteur. Tu parais ici aussi à l’aise qu’un brochet en Seine. Donc, au lieu d’étudier, tu écrivais des poésies et assiégeais les tavernes. Poète et ribaud tout ensemble, hein ! Fais attention de ne pas passer de la plaisanterie à la criminalité, jeune merle, continue-t-il devant l’eau de gingembre qu’on vient de déposer devant lui.
Il se lève. Gilles plisse les yeux, pommettes et lèvres épaisses remontées parce qu’il voit mal. Je me lève aussi :
— Maître Guillaume, ces cinq dernières années, Paris a perdu un quart de sa population. La peste a tant tué que je m’étonne de vivre encore. Et du sursis, je veux profiter.
— Deviens sérieux.
— Je n’en ai pas la moindre envie.
Et je les quitte tous les deux en dansant le pied de veau. Bras en corolle par-dessus mon chapeau de fleurs, je tournoie et emporte l’ironie atroce de ma lèvre. Le chanoine, suivi du bedeau, se dirige vers la porte d’entrée :
— Nous avons perdu en François un honnête homme mais avons gagné à jamais un grand poète…

 
Bibliographie

Chez Julliard, Jean Teulé a publié : Rainbow pour Rimbaud, L’Œil de Pâques, Balade pour un père oublié, Darling, Bord Cadre, Longues Peines, Les Lois de la gravité et Ô Verlaine !.

Jean Teulé, Ô Verlaine
Roman. 216 p, 01/01/04, Collection : Cadre rouge Prix : 18 €

Verlaine n'existerait que par rapport à Rimbaud ? Foutaise ! se serait écrié le poète. Malgré une pitoyable réputation d'alcoolique phénoménal, d'amant frénétique et désordonné, de bigame insatiable, Paul Verlaine oscilla jusqu'au tombeau entre l'ignoble et le sublime.
Pour preuve, ce poignant roman de Jean Teulé qui, à travers le regard d'un jeune paysan de Béziers monté à pied à Paris dans le seul but de rencontrer Verlaine, nous dépeint les derniers jours de ce personnage magnifique et terrifiant d'une plume alerte plongée dans l'encre de la nostalgie et des images en noir et blanc que nous avons pu conserver de cette époque.

RÉSUME
Les derniers mois de la vie de Verlaine… Alcoolique grandiose, amant frénétique et désordonné, il tituba jusqu’au tombeau entre l’ignominie et le sublime.
La vie de Verlaine fut extravagante, mais ses derniers mois touchèrent au surréalisme. Il n’avait que cinquante et un ans, perclus de maux : syphilis, altération sanguine, diabète, souffle au cœur, cirrhose du foie, erysypèle infectieux, hydarthrose, pneumonie (il fallut ajouter une seconde pancarte au pied de son lit d’hôpital pour en dresser la liste complète). Et c’est au moment où il ne lui restait qu’une poignée d’admirateurs inconditionnels (dont le préfet Lépine qui interdit aux policiers du Quartier latin d’arrêter Verlaine quelles que soient ses frasques), au moment de la pire déchéance matérielle et morale, au moment où les gloires de l’époque l’accablaient de leur mépris, qu’une vague de sympathie naquit chez les étudiants qui en firent leur idole. Ils aimaient sa liberté de ton, la force de ses anathèmes, le désordre de sa vie, le génie de sa poésie. Ils se battaient pour l’écouter dans les cabarets, étripaient les mauvais esprits qui ne partageaient pas leur passion, encombraient sa chambre d’hôpital pour l’écouter déclamer et lui assurèrent à sa mort des funérailles grandioses. Ce jour-là, le Destin poussa la générosité jusqu’à faire tomber le bras de la Poésie après que le corbillard fut passé sous la statue de Carpeaux qui orne la façade de l’Opéra…
Fol amoureux de cet homme magnifique et terrifiant, Jean Teulé raconte ces derniers mois extravagants à travers les yeux d’un personnage réel, le jeune Henri-Albert Cornuty, cet adolescent de Béziers qui décida de monter à Paris à pied dans le seul but de rencontrer Verlaine.

EXTRAIT :
"Mais petit bonhomme n’est pas mort !", lançait-il le matin avant de quitter son repaire de brigands (…) La main sur le souffle au cœur, [Verlaine] promit que si par malchance il était à l’avenir obligé d’entrer dans un café, il se contenterait d’étouffer un pierrot, de commander un sirop d’orgeat, un lait, une gomme chaude ou telle autre consommation qu’il appelait bénévole ».

 

UN POÈME DE VERLAINE DONT NOMBRE SONT CITES DANS LE LIVRE

Les sanglots longs
Des violons
De l’automne
Blessent mon cœur
D’une langueur
Monotone

Tout suffocant
Et blême quand
Sonne l’heure
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure ;

Et je me souviens
Au vent mauvais
Qui m’emporte
Deçà, delà
Pareil à la
Feuille morte.

 
 
 

 

 

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