Il y a quatre ans, dans le cadre d’une émission pour France-Culture, “En vivant, en écrivant”, Geneviève Brisac invita Agnès Desarthe pour parler de Virginia Woolf. Très vite, leur travail déboucha sur une série d’interrogations. Car cette écrivaine encombrée de qualificatifs plutôt malveillants – puritaine, dépressive, bourgeoise, narcissique, etc –, leur apparaissait, à elles, sous un jour radicalement différent : drôle, perspicace, imprévisible, sensuelle, travailleuse. Il fallait rouvrir le ‘’dossier Woolf’’. V. W. est le fruit de cette enquête.
Résultat : un livre qui pulvérise les idées reçues. Et nous fait découvrir une Virginia Woolf incroyablement proche de nous par sa liberté de pensée, sa passion pour l’expérimentation et ses positions sur la place des femmes dans la littérature.
En mettant l’accent sur le caractère résolument contemporain de l’oeuvre de Virginia Woolf, Geneviève Brisac et Agnès Desarthe invitent à la relecture d’une auteure que le cinéma et la littérature (The Hours, de Michael Cunningham) ont déjà commencé à réhabiliter.
Geneviève Brisac, romancière (un recueil de nouvelles et six romans dont le dernier, Les Soeurs Délicata, est paru en 2004), a consacré deux essais à la littérature anglo-saxonne : Loin du paradis, Flannery O’Connor et La Marche du cavalier. Agnès Desarthe, romancière (cinq romans dont le dernier, Le Principe deFrédelle, est paru en 2003), est aussi angliciste et traductrice (Emma Richler, Elena Lappin, Chaim Potok, Aimee Bender…).
Parce qu'il est très difficile de décrire un être humain, et encore davantage quand celui-ci a noirci des milliers de page, il n'est pas inutile de flâner un peu dans le vague et le brûlant des souvenirs, comme un fond de couleurs et de sensations, sur lequel inscrire les lignes noires et entremêlées de l'histoire familiale. En mettant l'accent sur le côté contemporain de l'oeuvre de Virginia Woolf, les auteures invitent à une relecture d'une auteure capitale."Les deux auteures examinent les jugements le plus souvent portés sur Virginia Woolf et son oeuvre et proposent des pistes pour aborder ses textes. Elles y étudient les thèmes des rapports entre la peinture et l'écriture, de la guerre, de la politique, du suicide et analysent le style de V. Woolf, la place qu'elle accorde au lecteur, la dimension subversive de ses écrits, etc."
Un recueil de chroniques inédites de Virginia Woolf, La Maison de Carlyle, traduit par Agnès Desarthe et préfacé par Geneviève Brisac, paraîtra simultanémentau Mercure de France (13,60 euros), ainsi qu’un recueil d’essais inédits.
Les sept textes totalement inédits qui composent ce petit livre sont datés de 1909. Ils figurent dans un carnet que Leonard Woolf, le mari de Virginia, a retrouvé longtemps après la mort de sa femme et qu'il n'a donné à dactylographier qu'en 1968. Mais il est mort à son tour peu après et la personne chargée de ce travail l'a rangé sans trop savoir qu'en faire. La maison de Carlyle n'a été retrouvé une nouvelle fois que tout récemment.
Virginia Woolf a donc vingt-sept ans quand elle rédige ces pages. Elle n'a encore rien publié, elle n'est pas mariée et elle en souffre. Et ce qu'elle appelle les " démons noirs et velus " de la dépression l'assaillent déjà. Elle va nous donner ici des esquisses, des croquis, mais on y trouve déjà les mêmes qualités que dans les œuvres les plus accomplies. Elle est déterminée, comme elle dit dans le Journal, " à écrire non seulement avec l'œil, mais avec l'esprit, à découvrir la vérité sous le voile des apparences ". Chacun des sept " chapitres " de ce recueil est lié, soit à des épisodes qui ont compté dans la vie londonienne de l'époque, soit à des questions cruciales concernant la vie et le travail de l'auteur. Virginia va ainsi nous faire assister à un dîner en ville, puis à un incroyable procès en divorce, nous donner un portrait du couple Darwin, ainsi que du couple Carlyle, chacun dans sa demeure, nous entraîne dans un salon littéraire, celui de son amie Lady Ottoline Morrel, nous " croquer " le portrait d'Amber Reeves, célèbre féministe du moment.
Le trait est sûr, vif, il n'y a guère d'adjectifs, peu d'adverbes, et déjà on sent que c'est un grand écrivain qui va naître.
Préface de Geneviève Brisac, qui publie avec Agnès Desarthe, la traductrice de ce recueil, un livre sur Virginia Woolf à paraître en octobre à L'Olivier. Notes et commentaires du Prof. Bradshaw.
Agnès Desarthe est née à Paris. Elle a suivi les cours de l'Ecole Normale Supérieure et enseigne l'anglais. Elle publie également pour les adultes aux éditions de l'Olivier et a reçu le prix Inter 1996 pour son roman