Un amour de Mille-Ans

Un amour de Mille-Ans

Akira Mizubayashi

Gallimard

  • 16 septembre 2017

    La mélancolie du bonheur

    Les deux livres précédents d’Akira Mizubayashi avaient pour objets sa passion pour la langue française et son attachement à Mélodie, sa chienne fidèle. Dans ce nouveau roman, tout aussi délicat et touchant, l’auteur japonais le plus francophile raconte avec subtilité l’histoire d’un trio amoureux vieillissant sur un air de Mozart.

    **Des amours de trente ans**

    Sen-nen et Mathilde se sont rencontrés lors d’un stage de chant lyrique dans le Languedoc ; après trente ans passés au Japon où ils ont élevé leur fille, ce couple uni de professeurs à la retraite est venu s’installer à Paris. Lorsque s’ouvre le roman, Mathilde souffre d’une maladie incurable qui la force à garder la chambre, tandis que Sen-nen veille sur elle avec toute l’attention d’un mari aimant. Un jour, il reçoit un courriel de Clémence, la soprano qui tenait le rôle de Suzanne dans « Les Noces de Figaro », l’opéra qui l’avait ébloui étudiant, au point d’assister à toutes les représentations du Palais Garnier. Cette invitation à la nouvelle mise en scène des « Noces » ramène Sen-nen au temps de sa jeunesse, lorsqu’il était tombé éperdument amoureux de la chanteuse qui faisait là ses débuts triomphants. Mathilde ne pouvant l’accompagner, il se rend seul à ces retrouvailles avec Mozart et la cantatrice. Seront-elles à la hauteur des émotions du souvenir ?

    **Passions simples**

    Un homme au seuil de la vieillesse retrouve un amour de jeunesse alors qu’il a mené une vie heureuse et paisible avec une autre femme : rien d’original me direz-vous, sauf que les choix fondamentaux qui ont déterminé l’existence sont ici mis à l’épreuve du temps. Pour notre professeur japonais, la première de ces affinités électives est le français comme patrie et langue de cœur, contre une culture et une pensée d’origine. La seconde est la musique vécue, comprise, partagée ; celle qui apaise et accompagne le passage des ans. A l’intérieur de ces jalons s’accomplit la destinée, sans bruit ni fureur, mais avec une douce mélancolie. Dans une écriture claire et élégante, l’éloge apparemment bien sage des fidélités éclaire le bonheur de la conversation, de la lecture, du chant et du silence partagés, tandis que le souvenir se nourrit de ces mots écrits et de notes griffonnées contenant l’essence d’une vie consciente de la perte.

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