La rage

La rage

Zygmunt Miloszewski

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  • 28 novembre 2017

    C'est à Olsztyn, capitale de la province polonaise de Varmie-Mazurie, que le procureur Teodore Szacki a posé ses valises. Il vit depuis un an avec Zenia, une charmante organisatrice de mariage et avec sa fille Hela que sa mère n'a pas souhaité emmener avec elle à Singapour. Arrachée à Varsovie, son lycée, ses amis, l'adolescente n'est pas facile à vivre et son père peine à établir le contact. Mais ses problèmes familiaux vont être balayés par une affaire particulièrement difficile. Sur un chantier, des ossements sont découverts, ceux d'un homme décomposé chimiquement et auxquels on a ajouté les os de différentes victimes. L'homme, marié et père de famille, menait une vie sans histoires et personne ne semblait lui en vouloir. Préoccupé par ce cas complexe, Szacki prend à la légère la visite d'une femme qui se dit effrayée par son mari. Quand il la retrouve baignant dans son sang, le procureur fait son mea culpa mais il est trop tard. Sa conduite inconsidérée a fait de lui une cible...

    Clap de fin pour l'intransigeant procureur Szacki. On le retrouve dans une nouvelle vie, une nouvelle région, avec une nouvelle femme et un nouvel adjoint, encore plus rigide que lui.
    Après nous avoir fait visiter la froide Varsovie, puis la jolie Sandomierz, Zymunt Miloszewsi nous emmène au Nord-Est de la Pologne, dans une région qui a longtemps été allemande. La ville d'Olsztyn se targue d'abriter pas moins de onze lacs en son centre mais l'auteur ne peut s'empêcher de noter l'urbanisme effréné qui bétonne à tout va, le modernisme à tout prix ayant pris le pas sur l'art et la beauté.
    Mais là n'est pas le propos du livre qui aborde un thème plus douloureux : la violence domestique et le silence qui l'entoure. Des familles qui vivent dans la peur, des enfants effrayés, des femmes humiliées au quotidien, des épouses qui tombent sous les coups de leurs maris tout-puissants. Une prise de conscience pour le procureur parfois un peu macho qui s'interroge sur ses propres comportements. Son enquête va le mener jusqu'au bout de lui-même. On le savait soupe-au-lait, ''courroucé'' comme le décrit sa fille, on découvrir toute la rage dont il est capable pour protéger les siens, une rage qui le conduira jusqu'à l'irréparable...
    Un final intense qui conclut formidablement cette trilogie polonaise qui aura su nous faire découvrir un pays méconnu, un enquêteur tout en nuances et un écrivain qui sait dénoncer les travers de ses compatriotes avec suffisamment d'humour et de cynisme pour ne pas passer pour un donneur de leçons. On tourne la dernière page avec déjà la nostalgie de tous ces moments partagés avec le procureur et la Pologne. Adieu Teodore mais à bientôt Zygmunt...


  • 16 septembre 2017

    Mystère sous terre

    Venu à Paris, début 2015, présenter « Un fond de vérité », deuxième livre de sa trilogie, Zygmund Miloszewski avait prévenu. Le volet suivant, qu'il avait alors déjà bouclé, serait son dernier roman policier. « J'ai fait en sorte qu'il n'y ait pas de suite, sans pour autant tuer mon personnage principal, parce que c'est trop facile. » Et de fait, dès le prologue de « La Rage », on comprend ce qu'il voulait dire : le flamboyant procureur Teodore Szacki – prononcer Chatski – commet un meurtre... Comme chez Donato Carrisi ([« La fille dans le brouillard »](http://www.onlalu.com/ouvrages/la-fille-dans-le-brouillard-donato-carrisi/) ), le héros fond un fusible d'entrée. Avec la construction du récit en flashback, cela ferait presque une tendance. Sinon que le parallèle ne se prolonge pas au-delà des vingt premières pages. Le policier italien et le magistrat polonais n'ont ni le même mobile, ni la même folie. Extrême, le procureur l'est dans son intransigeance et son indépendance. Il défend ses principes jusqu'au bout, et seul, ou presque. C'est ce qui le rend attachant mais le mène aussi à sa perte.

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