Un bûcher sous la neige

Un bûcher sous la neige

Susan Fletcher

Plon

  • 26 février 2012

    Voici un roman qui m'a propulsé (littéralement) au coeur de l'Ecosse du 17e siècle.

    Tout y est rude : la vie, la guerre. D'autant plus pour Corrag, qui se tient en retrait du village. Mais qui va aussi soigner, grâce à ses plantes, les maux des uns et des autres. Petit à petit, elle trouve sa place dans le clan MacIain.

    Ce roman chante également l'amour de Corrag pour les Highlands, et qui a déjà porté ses pas en cette contrée ne peut qu'être en accord avec elle.

    C'est également un roman sur l'amour et le respect de la nature et de ses bienfaits.

    Un roman sur l'Amour, aussi. Même si la mère de Corrag lui a interdit d'aimer, elle ne peut s'empêcher de tomber amoureuse d'un fort et vaillant Highlander.

    J'ai lu ce livre comme un roman, mais j'ai découvert, dans les dernières pages, qu'il était historique. Le récit d'une vie en marge, forte et belle.

    coup-de-coeur

    L'image que je retiendrai :

    Celle de Corrag, les cheveux au vent, parcourant la lande et donnant au paysage ses propres noms.

    http://motamots.canalblog.com/archives/2012/01/31/23049287.html


  • 24 novembre 2010

    Un roman ensorcelant. Susan Fletcher est une grande magicienne…

    Le portrait de Corrag, archétype des êtres rejetés pour leur étrangeté, est subtilement peint : la jeune fille se livre à la première personne avec toute sa naïveté, sa jeunesse, et sa beauté, et parallèlement, dans les lettres qu’il écrit à sa femme Jane, la voix de Charles donne un point de vue externe sur elle, point de vue qui va évoluer au fil du récit de cet étrange personnage.

    Charles est finalement admiratif et fasciné par cette femme lumineuse :

    « Jamais je ne me suis tenu immobile dans un marécage, ni n’ai entendu une chouette hululer. » (p. 308) dira-t-il, soudain ébranlé dans ses certitudes. Ce qu’il croyait vrai et juste n’était que l’ombre de préjugés insufflé par d’autres.

    Mais Corrag ne sera plus la même après ce récit, elle qui a pourtant appris à se méfier des hommes :

    « Tellement de haine dans le monde. Tellement de tristesse.

    Ma mère disait toujours il n’y a pas de diable. Rien que les coutumes diaboliques de l’homme. Et elle allait là où étaient le vent, les hauteurs et l’herbe, car ces endroits-là ne pouvaient pas lui faire du mal, pas comme les gens. » (p. 306)


    Elle aura rencontré quelques hommes irradiant la même lumière qu’elle, quelques hommes qu’elle s’autorisera à aimer, malgré l’avertissement désabusé de sa mère.

    « Mais il y a aussi de la lumière. Elle est partout. Elle inonde ce monde, le monde en est rempli. Un jour, assise au bord de la Coe, je regardais des rayons de lumière tomber à travers les arbres, à travers leurs feuilles, et je me suis demandé s’il y avait quelque chose de plus beau que ça, ou de plus simple. Il y a maintes beautés. Mais toutes –depuis la neige jusqu’aux cheveux d’Alasdair, roux comme les fougères, jusqu’au ciel reflété dans l’œil de ma jument quand elle humait l’air sur la lande de Rannoch -, toutes ont de la lumière en elles, et elles valent la peine. Elles valent la peine de ce qui est sombre. » (p. 385)

    - Le souffle lyrique aère ces pages et leur offre une dimension supérieure. Jeune femme sauvage, Corrag vit en harmonie avec les éléments, et nous offre une vision pure de cette nature souvent ignorée au bénéfice des hommes et de leurs tourments. Nous parcourons les High lands à ses côtés, et comme pour Charles, c’est tout à coup une autre vision du monde qui s’offre à nous.

    « Je pense ça, et je lève les yeux.

    C’est le soir. La lune est à son premier croissant. Il y a des étoiles, et le bruit d’un ruisseau, et dans l’obscurité j’entends même des ailes d’insectes. Je me dis quels présents nous recevons. Quels présents, chaque jour.

    Je m’enveloppe dans votre manteau, je respire. Je souris.

    Je vais devant moi sous le ciel, à travers la lande. » (p. 388)


  • 29 octobre 2010

    Ecosse fin du XVIIe siècle. Corrag une très jeune femme d’origine anglaise est emprisonnée. Accusée de sorcellerie, elle est condamnée à être brûlée dès l’arrivée du printemps. Le Révérend Charles Leslie venu d'Irlande est à la recherche d’informations sur le massacre de Glencoe. Un massacre perpétré par l’armée du Roi Guillaume dit l’Orange.

    Alors que le Roi Jacques s’est exilé en France, le pays est en proie à l’affrontement entre les partisans de chaque Roi. Charles Leslie, bien que réticent, va écouter le récit de Corrag qui a été témoin du massacre.
    Quel livre ! Dire que j’ai aimé serait faux…. J’ai adoré, j’ai vibré à chaque page, j’ai bu chaque mot !
    Car Corrag avant de raconter le massacre du Clan Mac Donald va expliquer comment elle est parvenue en Ecosse. Son enfance auprès d’une mère elle-même accusée de sorcellerie. Sous le mot sorcellerie, les hommes y ont mis l’utilisation et l’usage de plantes pour soigner et guérir des maux. Une mère qui lui a transmis l’amour et le respect de la nature. Charles Leslie, campant sur ses positions d’homme d’église l’écoute, l’œil et le jugement sévères. Le soir, il écrit à sa femme lui relatant les dires de Corrag. Chaque jour, il revient la voir, les barrières et les œillères morales s’amenuisent. Lui qui prêche Dieu, l’Amour reviendra sur se positions vis-à-vis de Corrag.
    A 16 ans, sa mère ordonne à Corrag de partir. Avec sa jument, elle va fuir, se cacher des hommes pendant son voyage et vivre de ce que la nature lui offre. Corrag est un petit bout de femme qui veut vivre à tout prix ! Outre son voyage, elle raconte l’attitude des gens à son égard et les mos qui font mal : sorcière, gueuse et parfois pire. Arrivée en Ecosse, le clan MacDonald sous ses apparences brutales va l’accepter. Tout le livre alterne subtilement entre le récit de Corag et les lettres de Charles Leslie à sa femme. Les barrières et les œillères morales s’amenuisent. On suit ses réflexions, l’acheminement de sa pensée qui l’amèneront à comprendre Corrag.
    Les descriptions sont magnifiques, la plume de Susan Fletcher nous donne l’impression d’être aux côtés de Corrag et d’admirer, d’apprécier la nature. L’écriture est belle ( et le mot est faible !), la poésie perle dans les mots de Corrag mais surtout l’amour et l’humilité.
    On est révolté, on a peur pour Corrag car on ne peut que s'y attacher.L'analyse du comportement de Charles Leslie, son raisonnement sont remarquables.
    J’ai eu la gorge serrée tout au long de cette lecture ! Un énorme coup de cœur pour ce roman sublime !


  • 15 septembre 2010

    "Dans un cachot, enchaînée" (p. 20), une femme se raconte. Quelle est sa faute? C'est d'être une sorcière. Corrag la sorcière. Sa peine? Le bûcher. Il attend sous la neige que l'hiver laisse place au printemps.

    En cet hiver 1692, Corrag raconte son histoire à Charles Leslie, un homme de Dieu qui sert la cause jacobite dans une Écosse sous la coupe de Guillaume d'Orange, "le protestant à la perruque toute noire." (p. 73) Corrag n'est pas une sorcière. Instruite par sa mère, la sauvage et sagace Cora, elle connaît les plantes et leurs vertus. Toute petite femme mais robuste, fille de l'hiver, Corrag ne craint pas le froid de la nature mais redoute la haine qui se niche dans le coeur des hommes. Après la mort de sa mère, elle sait qu'elle doit se cacher, mener une vie discrète et quitter les terres anglaises qui ne lui ont apporté que du malheur. "Qu'y a-t-il de plus solitaire que celle qu'on traite de sorcière?" (p. 22) La vindicte populaire la pousse vers le nord-ouest du pays, vers les Highlands où les hommes sont restés fidèles à Jacques Stuart. À Glencoe, dans le clan des MacDonald, on l'accueille pour ce qu'elle est: une petite femme qui sait le pouvoir des plantes. Le récit de Corrag peut aider la cause jacobite: à Charles Leslie, elle doit relater le massacre des MacDonald, sacrifiés au nom du respect de l'ordre royal. "Qui le croirait? Un homme d'Église et une sorcière capturée, s'entraider de cette manière? Mais c'est ainsi. Le monde a ses merveilles et je tiens à vous en parler." (p. 48)

    Le récit de Corrag est un long monologue que n'interrompent que les lettres que Charles Leslie envoie à Jane, son épouse restée en Irlande. Corrag parle comme on se libère: vite et beaucoup. "Je vais assembler tout ça comme si je cousais." (p. 76) La jeune femme fait de son récit une couverture sous laquelle se protéger. Dire lui permet d'échapper à l'inéluctable, à gagner quelques instants de vie en se racontant pour que subsiste une part d'elle après le bûcher.

    Séparé de son épouse, Charles libère lui aussi son coeur en écrivant des épîtres tendres et nostalgiques. Époux aimant voire passionné, père indulgent mais ferme, il se désole d'être loin des siens. Mais la cause qu'il défend lui est si chère qu'il ne peut manquer aucune opportunité de la voir triompher.

    Les monologues de Corrag et les lettres de Charles répondent aux questions que chacun pose à l'autre. À aucun moment, Charles et Corrag n'échangent un vrai dialogue ou ne se répondent immédiatement. Mais inexorablement, un lien se crée entre ces deux êtres isolés.

    Les chapitres s'ouvrent sur des définitions de plantes, tirées de l'Herbier complet de Culpepper, qui sonnent comme des énigmes. Charles Leslie se laisse d'abord abuser par l'aspect repoussant de Corrag, par ses discours illuminés et précipités, par sa foi dans la nature et son refus d'un roi ou d'un dieu. " Il faut se garder du commerce des plantes et leurs prétendues vertus." (p. 81) Profondément convaincu que Corrag est un suppot du diable, il ne la côtoie initialement qu'avec répugnance. Mais le récit de la jeune femme le touche et ses paroles douces, sensées et pacifiques trouvent peu à peu un écho dans les pensées qui animent Jane, la femme du révérend. Corrag cesse la sorcière pour devenir la victime injuste de la politique, pour n'être qu'une femme d'une grande sagesse et d'une grande bonté.

    Les gens ont besoin d'un ennemi. "Une femme sans entrave est cause de grands désordres." (p. 81) Voilà ce qu'on reproche à Corrag: sa liberté d'aller et venir dans les montagnes, de se promener la nuit, de n'appartenir à personne d'autre qu'elle-même. Le mot sorcière recouvre toutes les craintes des hommes. Cora lui a enseigné que l'amour est mauvais, qu'il affaiblit. Si elle promet du bout des lèvres de ne jamais aimer, Corrag ne peut s'empêcher de s'attacher à sa jument grise et au cerf majestueux des Highlands qui vient brouter devant sa cabane. Et elle ne peut s'empêcher de s'attacher à Alasdair MacDonald, un homme qu'elle ne peut avoir.

    Ce roman est une perle dans la rentrée littéraire 2010, à ne pas manquer! Le récit de Corrag est envoûtant, émouvant, révoltant, poignant. Je n'ose en dire plus de peur de déflorer l'histoire, si belle, si belle!