• 22 avril 2010

    Roman d'Atiq Rahimi. Prix Goncourt 2008. (Je n'ai jamais qu'un an de retard...)

    "Syngué sabour (du perse syngue "pierre" et sabour "patience"). Pierre de patience. Dans la mythologie perse, il s'agit d'une pierre magique que l'on pose devant soi pour déverser sur elle ses malheurs, ses souffrances, ses douleurs, ses misères... On lui confie tout ce que l'on n'ose pas révéler aux autres... Et la pierre écoute, absorbe comme une éponge tous les mots, tous les secrets jusqu'à ce qu'un beau jour elle éclate... Et ce jour-là, on est délivré." (Quatrième de couverture)

    Une femme afghane veille son époux, immobile, absent et silencieux depuis qu'il a reçu une balle dans la nuque. Pieuse d'abord, elle égrene les noms d'Allah au rythme des boules d'un chapelet, et entoure son homme de soins attentifs et inquiets. Le silence et l'impassibilité de l'homme ont peu à peu raison de sa patience et de sa retenue. Seule face à l'homme, elle parle pour la première fois, raconte ses attentes déçues, ses trahisons et ses décisions de femme rebelle. Elle dit sa haine de la guerre qui lui a volé plusieurs fois son époux, sa haine d'une religion qui place les principes au-dessus de l'amour. Dans une chambre, elle prend possession de l'esprit de son homme, en fait le réceptacle d'une vie perdue et d'aveux indicibles.

    D'abord gênée par le ton du texte et son sujet, je me suis laissée prendre à la beauté des mots. Je n'aime pas les récits qui parlent de maladie, d'infirmité et de diminution physique. Encore moins ceux qui montre l'emprise d'un personnage sur un autre, malade. C'est un voyeurisme qui, plus encore que tous les autres, m'écoeure.


    Mais il y a dans la plume d'Atiq Rahimi une pudeur au coeur même de l'étalage, une retenue subtile avant le débordement. La femme parle avec haine parfois, colère et lassitude très souvent. Elle blasphème, se repent dans l'instant, et recommence. Son discours est une mélopée sans fin. La narration même participe de tous les aveux de cette femme coupable et blessée. Les descriptions sont des cantiques. Tout dans la langue de l'auteur est célébration, quel que soit l'objet de cette célébration.

    Il y a peu de gestes, même si le texte est riche en allusions visuelles, en beautés cachées et en horreurs dissimulées. Mais de mouvements, on ne saurait dire qu'ils abondent. Ce qui rend la conclusion, la dernière page si impressionnante, si troublante! Impossible d'en dire davantage sans déflorer toute une narration subtile et très richement construite.

    C'est une belle lecture, mais il vaut mieux être bien dans ses baskets avant d'ouvrir le livre. Déprimés s'abstenir...


  • 25 septembre 2009

    BOULEVERSANT ET ENVOUTANT

    Un livre dont l’action se déroule dans une seule pièce comme dans un huit-clos. Une pièce dénudée qui s’accorde avec le style très épuré de l’auteur. Une écriture sans fioriture qui m’a subjuguée par sa poésie et par les sujets abordés.

    On découvre une femme qui soigne son mari muré dans un silence. Ses journées, elle les passe à prier, soigner, prier encore au rythme de la respiration lancinante de cet homme Dans son rôle d’épouse, elle commence à lui parler de choses et d’autres banales. Plus les journées s’égrènent et plus, elle va lui confier tout ce qu’elle n’a jamais pu lui dire.

    A l’opposé de l’image de la femme soumise, elle devient rebelle dans ses propos. Elle crie son indignation face à la condition des femmes en Afghanistan ou ailleurs. Elle interpelle Dieu et Allah sur la religion qui pousse les hommes à se combattre entre eux, à se tuer. Les interdits sont levés, elle parle de l’amour, de sexe, de son mariage forcé, de la religion et des lois dictées par les familles.

    Au fil des pages, j’ai entendu et écouté ses prières, sa respiration et je me suis laissée transporter. Un livre bouleversant et envoûtant ….