La position du mort flottant

Jim Harrison

Héros-Limite

  • par (Libraire)
    17 février 2022

    La position du mort flottant

    Ami.e.s de la poésie, voici de quoi nourrir votre esprit toute votre vie durant ; le dernier recueil de poésie de Jim Harrison traduit. Très jolie édition avec une note de quelques pages en fin d'ouvrage du traducteur, Brice Matthieussent, expliquant le contexte d'écriture par celui qui se nommait lui-même, selon son état, Big Jim ou Poor Little Jim.
    Dans cet ouvrage, les poèmes disent la souffrance, la maladie, le manque de la nature, comment ne pas sombrer face au corps qui se délite, à l'esprit qui ne cesse de flancher, et la poésie comme ressusciter les dieux. Adopter la position du mort flottant, c'est développer des techniques intimes à survivre.
    Plusieurs lectures déjà de chaque poème et à chaque fois, la sensation heureuse de la découverte. C'est le grand pouvoir de la poésie bien sûr mais une indéniable profondeur se joue dans chaque mot.

    Un poème, Esprit

    Roumi m'a conseillé de loger mon esprit
    en haut des branches d'un arbre et de ne pas le quitter
    trop longtemps des yeux, alors j'installe le mien
    dans les très grands saules derrière le fossé d'irrigation,
    un endroit non contaminé par l'infecte
    culture de la cupidité et de l'assassinat de l'esprit.
    Les gens oublient que leur esprit étouffe pour un rien,
    qu'ils doivent le placer tout en haut d'un arbre
    d'où ils peuvent le faire revenir n'importe quand.
    Mieux vaut être en plein air, car l'esprit a du mal
    à entrer dans les maisons, les immeubles et les avions.
    À New York je retrouvais le mien devant
    la cage aux gorilles du zoo des enfants à Central Park.
    Il refusait d'entrer dans l'hôtel Carlyle,
    trop cher à son goût. À Chicago il ne veut pas
    mettre les pieds au Drake mais par la fenêtre je le vois
    planer au-dessus du lac Michigan.
    Plus que tout autre chose, l'esprit est attiré
    par l'humilité. Si je dormais dans la rue
    il serait sous le carton avec moi.


  • 15 mai 2021

    Souvenons-nous de la terre

    Un homme au soir de sa vie, traversé par des fêlures anciennes. Il a 75 ans mais croit en avoir cent de plus, ou se prend pour un garçon de sept ans lové au creux d’un rocher. Il a longtemps sillonné montagnes et rivières, et même si le corps n’obéit plus tout à fait, il s’échappe encore pour rejoindre sa famille : les grizzlis. Les saules. Les étoiles. Les chevreuils et les galaxies. Et plus que tout : les oiseaux.
    Présence au monde, autodérision et mélancolie se conjuguent dans ces poèmes d’une grande justesse, d’une merveilleuse sensibilité.
    Vos côtoierez fauvettes, galaxies et dieux morts depuis mille ans, qui ne demandent qu’à ressusciter.
    Vous apprendrez que les chiens n’aiment pas du tout qu’on se couche auprès d’eux pour les imiter.
    Vous découvrirez « l’art sacré de la pause-bûche », et le remède souverain contre le mal-être : loger son esprit en haut des branches d’un arbre.
    Le quatorzième et dernier recueil de poésie de Jim Harrison, qui donne envie de (re)lire les treize précédents.

    Frédéric