Les Sources

Marie-Hélène Lafon

Buchet-Chastel

  • Conseillé par (Libraire)
    20 janvier 2023

    Comme un sculpture du vivant

    On est en 1967, dans le Cantal, dans la tête d'une jeune femme de 30 ans,
    qui souffre dans son corps et dont les souffrances ont colonisé l'esprit.

    On est dans la tête de l'homme qui partage sa vie et dont le corps n'est que violence.

    Une écriture au plus près de la vie, qui interpelle par sa justesse et sa beauté simple.
    C'est tellement puissant...
    Agnès


  • Conseillé par
    23 février 2023

    Source ou racine ?

    Vallée de la Santoire, Auvergne.
    Récit choral rapportant l’isolement d’une famille en zone rurale.
    En seulement trois chapitres, l’auteure rend compte d’un huis clos favorisant l’enfermement infernal d’une femme trentenaire abîmée physiquement et moralement depuis son mariage.
    D’une écriture concise, Marie-Hélène Lafon considère le point de vue de chacun, l’animosité d’un couple, la fuite d’une fratrie partageant la nature et le jeu.
    Témoignage d’une époque où le paraître pouvait cacher un calvaire, où l’on taisait les reproches.
    Roman accompli et incisif.
    "Elle ne reconnait pas son corps que les trois enfants ont traversé"
    "On n'avait encore jamais vu ça dans le pays, un divorce dans une ferme, qui femme qui s'en va...."


  • Conseillé par (Libraire)
    23 janvier 2023

    Un roman au cordeau

    Un récit en trois actes, trois points de vue à trois époques distinctes (1967, 1974 et 2021): celui de la femme, mère de famille, vivant dans une ferme isolée, sous le joug de son mari violent et fruste. Un malaise sourd l'étreint, elle est piégée, pris à la gorge par une vie dont elle ne veut plus. Ses pensées nous sont livrées ici, lucides et implacables. Malgré ses craintes, on la sent déterminée.
    Deuxième période : cette fois-ci, c'est le mari qui s'exprime, sans aucune retenue, il verse sa bile sur sa femme qui est partie. Il évoque son quotidien d'homme seul, de père sporadique, happé par sa vie à la ferme.
    Puis, la troisième période : celle de leur fille, venue signer chez le notaire la vente de cette ferme. Elle y a vécue petite avec sa sœur et son frère. Elle se souvient et se souviendra...
    Un roman au cordeau, oppressant à souhait. Le soliloque de la femme est terrible : la description de son quotidien est précis, quasi méticuleux, sans emphase, puis vient le constat - sans appel. La parole jaillit enfin - là voilà libérée. Celui du mari est violent, on perçoit une absence totale d'empathie. Il œuvre sans aucun état d'âme. Il restera taiseux jusqu'au bout.


  • Conseillé par (Libraire)
    17 janvier 2023

    LE MEILLEUR ROMAN DE MH LAFON

    La quatrième de couverture dit simplement: « Années 1960. Isabelle, Claire et Gilles vivent dans la vallée de la Santoire, avec la mère et le père. La ferme est isolée ». C’est peu mais c’est tout. On n’a guère envie d’ajouter à ce résumé tant ce court roman n’appelle pas les digressions, les raccourcis. Marie Hélène Lafon depuis une quinzaine de romans nous a habitués à dire l’intime, les silences d’un monde rural à l’écart. On se retrouve donc de nouveau dans ce Cantal où la rivière La Santoire coule comme un prolongement des romans antérieurs, un lien qui unit tous ces hommes et femmes qui essaient tant bien de mal de vivre en cherchant leur place dans la nature et dans le monde des « autres ».

    Trois voix nous sont données à entendre. La plus importante est celle de la mère qui, en cette année 1967, va descendre avec son mari et ses trois enfants à Fridières chez ses parents. Elle est mariée depuis presque huit ans, il manque « six mois et dix-sept jours », elles compte comme un prisonnier, et ce repas dominical en territoire amical est son seul moment de répit dans des semaines qui se succèdent sous le signe de la violence et du désamour de soi. Le dimanche matin elle dispose d’une heure devant elle, une heure pour respirer, se regarder dans une glace, apprivoiser ce corps déformé par trois grossesses difficiles, ce corps qu’elle déteste et qu’elle lui abandonne avec dégoût. Elle trouve alors la force de penser, de réfléchir, de faire le bilan

    En donnant la parole au mari en 1974, Marie Hélène Lafon ne cherche pas à excuser, à accuser, à démontrer. Elle décrit un univers mental fait de solitude, d’ignorance, d’isolement affectif et intellectuel et donne ainsi toute sa force au roman. Lui n’a vécu réellement que lorsqu’il se trouva au Maroc, chauffeur d’un gradé. Loin de son chemin familial prédestiné de la ferme du Cantal, il a découvert autre chose, une forme de liberté, y compris amoureuse avant de revenir chez lui pour assumer un destin qui lui était tracé dans une société rurale hiérarchisée où l’homme assure la vie économique de sa famille et où la femme le sert jusqu’à s’effacer.

    La troisième voix referme l’histoire, comme elle referme la grille de la cour de la ferme. C’est celle de Claire une des trois enfants qui aujourd’hui dit tout d’un monde finissant, de l’exode urbain des enfants qui ont fait des études, de « sources », que Claire préfère à « racines », qui se tarissent.

    Marie Hélène Lafon signe là son plus beau roman. Elle abandonne l’écriture ciselée, comme apprêtée qui alourdit parfois ses récits. Les mots coulent cette fois ci avec une glaciale limpidité, sans effet de vocabulaire. Elle écrit en creux un environnement familial qui est celui d’un monde rural aux prises avec la solitude, la faible socialisation, l’absence d’ouverture sur l’ailleurs. « La ferme est isolée », un isolement qui n’excuse absolument rien mais qui dit beaucoup de choses.


  • Conseillé par
    9 janvier 2023

    Autre coup de cœur de cette rentrée littéraire, Marie-Hélène Lafon réussit, sans pathos, à décrire un sujet brûlant au milieu d’une nature omniprésente qui s’associe aux corps pour le travail de la ferme mais aussi pour les ressentis, avec la vie qui file comme les mots, simplement mais implacablement.
    La suite ici
    https://vagabondageautourdesoi.com/2023/01/09/marie-helene-lafon-les-sources/