PARTITION SILENCIEUSE

Partition silencieuse

Ea Sola

Buchet-Chastel

  • 30 juin 2014

    Pour faire vivre sa famille, Madame Ly s'est donnée entièrement à ses plantations de thé. L'argent est là mais ses enfants sont restés trop longtemps seuls à Saïgon pendant qu'elle veillait, dans la montagne, la Winchester prête à tirer. Son aîné, Dinh, livré à lui-même, a observé autour de lui, toutes les injustices faites à son peuple par les français, toutes les humiliations subies par les plus pauvres. Pour l'éloigner de ses idéaux, les Ly l'ont envoyé faire des études à Paris, pendant que son cadet, Tho, partait aux Etats-Unis. Mauvais calcul pour la famille. Dinh rentre au pays diplômé certes, mais sans avoir renoncé à ses idées politiques, et, pire que tout, marié à une française, sans le consentement de ses parents. La belle, la blanche, la blonde et trop jeune Iris, ne sait pas qu'elle a épousé un Viet-Cong. Dans sa maison qui prend l'eau, perdue au milieu de la forêt, rejetée par son intransigeante belle-mère, Iris met au monde la petite Xa, espère s'enrichir grâce à la culture du piment, compte les bombes pour s'endormir et attend son mari qui vient, repart, qui toujours ne fait que passer. Quand Dinh est recherché, sa photo placardée dans tout Saïgon, Iris retourne en France, arrachant Xa à sa terre, à son pays, à sa langue.

    Partition silencieuse est le roman de la déchirure : Dinh et Tho, les deux frères qui luttent chacun dans des camps opposés ; le Vietnam partagé entre le Sud et le Nord ; la jeune Xa, exilée en France, le cœur dans son pays natal. C'est aussi le roman de la désillusion : Iris qui arrive de France pleine d'espoir, bercée par les promesses de son mari , ''tu verrras, tout le monde t'aimera'', ''nous aurons une belle maison'' et qui doit affronter une belle famille et une nature hostiles ; Dinh qui sacrifie sa femme, sa fille, la fortune familiale pour une cause qui n'aura été qu'une utopie ; Xa qui souffre en France de l'absence de sa montagne, de sa forêt et qui à son retour au pays ne retrouve plus rien des lieux qui ont marqué son enfance.
    Mais malgré ces sentiments exacerbés, l'amour pour un pays meurtri, les descriptions de la jungle, de la pluie, de la nature, bref, malgré des qualités indéniables, Partition silencieuse pêche par son style trop travaillé, par le choix de l'auteure de s'approprier la langue, de la malmener, de la façonner jusqu'à la rendre incompréhensible. Le style elliptique, les phrases courtes, la dépersonnalisation des personnages, finissent par perdre le lecteur dans les méandres de pensées dont seule Ea SOLA connaît le fil. Une belle histoire mise à mal par un style déconcertant. Dommage...