• 22 septembre 2014

    Dis-moi comment tu t'habilles...

    Evidemment, dès le titre, on se dit : mais quel drôle de sujet ! Pourquoi une critique littéraire nous parle-t-elle du manteau de Greta Garbo ? C’est donc en proie à une grande perplexité qu’on se plonge dans cet objet non identifié, et pourtant en quelques pages on est conquis. " Le manteau de Greta Garbo " est probablement un des livres les plus intelligents de la rentrée littéraire, tant il est riche, surprenant, documenté. On le referme en se posant mille questions sur soi-même, auxquelles on n’avait pas forcément réfléchi. Par exemple : pourquoi est-ce que je porte toujours du noir quand je vais travailler ?

    Nelly Kaprièlian, responsable des pages littéraires aux " Inrocks ", a choisi pour étayer son propos une construction vertigineuse. Récit biographique, essai, autobiographie, autofiction et même science-fiction, son texte est un patchwork savamment assemblé dans lequel on avance pas à pas, où tout élément éclaire le précédent, soulève des interrogations ou hypothèses qui trouveront quelque écho plus tard, établit des liens entre des personnages et des attitudes que tout semble éloigner.

    Le livre s’ouvre sur la vente aux enchères de la garde-robe de Greta Garbo, en 2012 à Los Angeles. Nelly Kaprièlian part faire un reportage sur le sujet. Cette garde-robe est effarante, entre autres parce qu’elle contient plusieurs dizaines de robes que la star n’a jamais portées. La narratrice est alors prise de l’envie d’acquérir un manteau rouge, alors même –mais elle n’en prendra conscience que plus tard- qu’elle ne porte jamais de rouge. A partir de là, elle s’interroge : pourquoi

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  • 6 septembre 2014

    La peau de l’autre

    L’auteure vire de bord : de critique littéraire, elle devient romancière. Romancière ou essayiste ? Partie à Los Angeles pour un documentaire, Nelly Kaprièlian suit la vente des vêtements de Greta Garbo et achète, inopinément, un de ses manteaux. Qu’est-ce que cela signifie de porter ce manteau ? Sans doute parce qu’« On ne s’intéresse autant à un sujet que parce qu’il dit quelque chose de soi » (p. 88) surgit à cette occasion tout un questionnement. « Le manteau de Greta Garbo » soulève des interrogations profondes sur ce qui pourrait sembler bien futile : le vêtement. Que dit-il de nous, de l’image que l’on a de soi ou que l’on veut donner aux autres, de notre conformisme à cette mode qui clone planétairement les femmes, de ce qu’on souhaite s’approprier de la peau de l’autre ? Que montre-t-il de notre rapport à notre identité, à nos origines, à la sexualité, aux autres ? Et que reste-t-il d’une vie à travers des vêtements ? Ce livre complexe, aux thèmes et aux récits enchevêtrés, montre comment on peut s’incarner dans un vêtement, qui permet de se rêver, pour soi et pour l’autre, de se réinventer