Pas exactement l'amour

Pas exactement l'amour

Arnaud Cathrine

Verticales

  • 12 mai 2015

    L'amour en douce

    Si ce n’est « pas exactement l’amour », comme le suggère le titre, alors de quoi s’agit-il ? Peut-être n’est-ce pas encore, ou n’est-ce plus vraiment, de l’amour. Peut-être s’agit-il de tout autre chose, de désir ou même, éventuellement, de folie.

    En dix nouvelles, Arnaud Cathrine décortique le sentiment amoureux. Depuis longtemps d’ailleurs l’auteur explore les méandres intérieurs de ses personnages. Il y eut « La disparition de Richard Taylor », le magnifique « Journal intime de Benjamin Lorca », et de livre en livre il est passé maître dans l’art de distiller les errements et les interrogations de chacun. En étant toujours en prise avec la modernité, les évolutions au sein du couple, de la famille, de la paternité, inlassablement il interroge ce monde où chacun est libre de choisir sa sexualité, son ou ses partenaires, un monde où le mariage n’est plus une obligation, où la vie de couple débute et se termine lorsqu’on le désire, mais alors, du coup, comment se débrouiller ?

    Longuement les héros de Cathrine s’interrogent, brassent leurs amours mortes ou s’effraient des sentiments, les leurs et ceux de l’autre. Dans ce recueil parfait, dix situations sont observées, au plus près des sensations. Ici un écrivain rencontre une jeune femme qui tombe spontanément amoureuse de lui. Elle est issue d’un milieu social bien plus privilégié que le sien, et si rien n’est jamais dit sur le sujet, on mesure à quel point franchir l’obstacle de la différence de classe est plus compliqué qu’il n’y paraît, même de nos jours et même chez des intellectuels. Elle s’accommode de sa solitude, il craint de lui déplaire, il leur faut apprendre à s’apprivoiser. Là, une jeune femme, sur le point d’en épouser une autre, rencontre dans le métro la fille dont elle avait été dingue quelques années plus tôt. Que faire alors ? Le couple qu’elle a patiemment construit depuis n’est-il pas qu’une imposture ? Ou n’est-il pas, justement, son véritable refuge contre la folie dans laquelle l’avait plongée cette ancienne amante ? Ailleurs un narrateur va voir un vieil ami devenu fou par amour, mais on ne vous dira pas de qui, c’est trop drôle. Cathrine décrit les hésitations, le malaise, les mille petits riens dans lesquels les amoureux s’affrontent, s’observent, se mesurent. Comment dire la souffrance qui affleure, ou à l’inverse le sentiment de paix que peut faire naître la présence aimée ?

    Arnaud Cathrine touche au plus juste et surprend toujours, tant ses nouvelles sont d’une construction sans faille. Et leurs chutes, imprévisibles.

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