Les clous du fakir, roman
EAN13
9782213643298
ISBN
978-2-213-64329-8
Éditeur
Fayard
Date de publication
Collection
Fayard noir
Nombre de pages
216
Dimensions
21 x 13 x 0 cm
Poids
260 g
Langue
français
Code dewey
849
Fiches UNIMARC
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Les clous du fakir

roman

De

Fayard

Fayard noir

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Je me suis approché, à dix centimètres. Le col de sa chemise empesée était blanc terne, avec des traces de sueur qui lui serraient la cravate. Noire évidemment, nouée sur sa pomme d'Adam, rasée va-vite. Il s'était coupé au Gillette, le salaud, et une entaille comme une étoile de mer lui faisait un astérisque au menton.Je l'ai fixé dans les yeux, je l'ai transpercé, j'ai vu nos chagrins incomparables, je l'ai planté du regard.Arnaud le salaud. Il était soulagé que je sois venu. Il était soulagé que je lui pardonne. Et puis sa mère était morte, ça absout de tout.Je lui ai posé la main sur l'épaule comme on le fait aux enterrements, sincèrement. Pour moi, c'était regrets éternels. De le toucher, ça m'a donné la gerbe. Il puait. Sa propre odeur, plus celle des chrysanthèmes et de l'eau bénite, l'encens, les prières, un parfum de fin du monde. J'entendais plus rien. J'aurais flingué les nuages, j'aurais tué la planète.Je lui ai posé la main sur l'épaule. Ça m'a permis de l'ajuster au mieux, on était presque étreints. Je le tenais contre moi avec la main gauche, et dans la droite j'ai pris mon couteau, celui du dernier été. Facile, ce plan-là, je l'avais rêvé par cœur.Je l'ai suriné dans le mouvement, à l'horizontale, en lui disant : « Condoléances, Arnaud », un coup imparable caché par nos vestes enchevêtrées, et j'ai remonté jusqu'au sternum. L'acier, dans sa bidoche, n'a rencontré aucun obstacle. Il a décollé des talons, un poil, puis il s'est tassé sur la lame. Je le tenais par la nuque comme si on avait une confidence à se partager, recueillement inéluctable.Il a fait pffff, je lui ai murmuré : « Crève, charogne. » Il est tombé sur le cercueil. Ça la foutait mal, mais dans le trip douleur insurmontable, tout restait plausible.J'ai mis le couteau dans sa poche, ça m'a pris un quart de seconde. J'ai dit : « Y se sent pas bien, y défaille, c'est l'émotion, faudrait l'allonger. » Et je me suis éclipsé. À trois jours près, il avait rejoint sa mère.J'ai foncéà la maison, brûlé les affaires de Julia, amorcé l'apocalypse. Mes fringues étaient toutes tachées, ce fumier continuait de nous salir.Devant la machine à laver, ça arrive toujours sans qu'on s'y attende, tout a tourné comme dans le tambour rotatif, tout le maelström, le linge sale et la lessive, l'essorage, programme rinçage, adoucissant, arrêt cuve pleine, stop, vidange, tout a resurgi, nos vies à l'envers, en vrac, nos enfances, nos errances, panoramiques.?>J'étais un agneau. Issu d'une engeance ovine où l'on apprend à courber la tête. Non pas pour encorner mais pour acquiescer, suivre le troupeau. Né en 1952, avec l'emprunt Pinay et le couronnement de la reine d'Angleterre. 1952, l'année de rien, signes particuliers néant, pas de quoi tordre les aiguilles d'une montre, tout pour être dans les clous.La litière, plutôt que la lisière, même si les pâturages les plus verts ne valent que par leurs délimitations. Qui les franchissait s'exposait à la morsure du barbelé et des loups, des francs-maçons et des blasphémateurs. Enfance obligée, dans l'enclos, sous protection.Ensilage des branches collatérales, le sacro-saint repas dominical était pris chez les ancêtres maternels. Toujours le même menu, l'incontournable gigot à l'ail accompagné d'haricots verts lardons sautés, précédé par l'abominable petit pâté en croûte, toujours après la messe, de midi quinze à quatorze heures trente. Jésus Monsieur Seguin, Seigneur, tu seras mon berger. Selon le dogme, se pliant au rite, les enfants avaient le droit de se taire et les adultes bêlaient, avant-bras docilement en bascule sur une nappe sans miettes, couverts rectilignes, serviettes étanches.Au volant de ma Cadillac, je m'échappais sournoisement du plateau de fromages et négociais pleins gaz les arabesques du tapis du salon.Ma Dinky toys, mon paquebot décapotable ! Pneus crème, ailerons d'au moins vingt mètres, portières et capot mobiles, intérieur cuir ketchup et des sièges aussi moelleux que la coiffure de Little Richard !
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Commentaires des lecteurs

26 septembre 2012

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