L'oeil de l'histoire / Peuples exposés, peuples figurants
EAN13
9782707322654
ISBN
978-2-7073-2265-4
Éditeur
Les Éditions de Minuit
Date de publication
Collection
Paradoxe (4)
Nombre de pages
266
Dimensions
22 x 14 x 0 cm
Poids
408 g
Fiches UNIMARC
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L'oeil de l'histoire / Peuples exposés, peuples figurants

Les Éditions de Minuit

Paradoxe

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On s’interroge, dans ce livre, sur la façon dont les peuples sont représentés : question indissolublement esthétique et politique. Les peuples aujourd’hui semblent exposés plus qu’ils ne l’ont jamais été. Ils sont, en réalité, sous-exposés dans l’ombre de leurs mises sous censure ou – pour un résultat d’invisibilité équivalent – sur-exposés dans la lumière artificielle de leurs mises en spectacle. Bref ils sont, comme trop souvent, exposés à disparaître.

À partir des exigences formulées par Walter Benjamin (une histoire ne vaut que si elle donne voix aux « sans noms ») ou par Hannah Arendt (une politique ne vaut que si elle fait surgir ne fût-ce qu’une « parcelle d’humanité »), on interroge ici les conditions d’une possible représentation des peuples. Cela passe moins par l’histoire du portrait de groupe hollandais et des « portraits de troupes » totalitaires que par l’attention spécifique accordée aux « petits peuples » par les poètes (Villon, Hugo, Baudelaire par exemple), les peintres (Rembrandt, Goya ou Gustave Courbet), les photographes (Walker Evans, August Sander ou, pour un exemple contemporain, Philippe Bazin).

Le cinéma, quant à lui, nomme figurants ces « petits peuples » devant lesquels agissent et s’agitent les « acteurs principaux », les stars comme on dit. D’où que les figurants incarnent un enjeu crucial, historique et politique, du cinéma lui-même, depuis sa naissance – La Sortie des usines Lumière – jusqu’à ses élaborations modernes chez Eisenstein et Rossellini, et bien au-delà encore. Une longue analyse est ici consacrée au travail de Pier Paolo Pasolini, à sa façon de retrouver les « peuples perdus » dans leurs « gestes survivants », selon un processus que permettent d’éclairer les analyses d’Erich Auerbach (pour les formes poétiques), d’Aby Warburg (pour les formes visuelles) et d’Ernesto De Martino (pour les formes sociales). Sans oublier quelques exemples plus contemporains, tel que le film du Chinois Wang Bing intitulé, précisément, L’Homme sans nom.

Georges Didi-Huberman est né en 1953 à Saint-Etienne. Historien de l’art et philosophe, il enseigne à l’Ecole des hautes études en sciences sociales.

Rappel :

L’Œil de l’histoire, 1. Quand les images prennent position

2009. Collection « Paradoxe », 272 p., 46 illustrations in-texte, 22,80 €, ISBN 978.2.7073.2037.7

Dans un monde où les images prolifèrent en tous sens et où leurs valeurs d’usage nous laissent si souvent désorientés — entre la propagande la plus vulgaire et l’ésotérisme le plus inapprochable, entre une fonction d’écran et la possibilité même de déchirer cet écran —, il semble nécessaire de revisiter certaines pratiques où l’acte d’image a véritablement pu rimer avec l’activité critique et le travail de la pensée. On voudrait s’interroger, en somme, sur les conditions d’une possible politique de l’imagination.

Cet essai, le premier d’une série intitulée L’Œil de l’histoire, tente d’analyser les procédures concrètes et

les choix théoriques inhérents à la réflexion de Bertolt Brecht sur la guerre, réflexion menée entre 1933 et 1955 par un poète exilé, errant, constamment soucieux de comprendre une histoire dont il aura, jusqu’à un certain point, subi la terreur. Dans son Journal de travail comme dans son étrange atlas d’images intitulé

ABC de la guerre, Brecht a découpé, collé, remonté et commenté un grand nombre de documents visuels ou de reportages photographiques ayant trait à la Seconde Guerre mondiale. On découvrira comment cette connaissance par les montages fait office d’alternative au savoir historique standard, révélant dans sa composition poétique – qui est aussi décomposition, tout montage étant d’abord le démontage d’une forme antérieure – un grand nombre de motifs inaperçus, de symptômes, de relations transversales aux événements. On découvrira ainsi, dans ces montages brechtiens, un lieu de croisement exemplaire de l’exigence historique, de l’engagement politique et de la dimension esthétique.

On verra enfin comment Walter Benjamin – qui a été, en son temps, le meilleur commentateur de Brecht – déplace subtilement les prises de parti de son ami dramaturge pour nous enseigner comment les images peuvent se construire en prises de position.

L’Œil de l’histoire, 2. Remontages du temps subi

2010. Collection « Paradoxe », 256 p. 57 illustrations in-texte, 22,80 €, ISBN 978.2.7073.2136.7

Quel est le rôle des images dans la lisibilité de l’histoire ? C’est la question reposée dans ce livre. Là où Images malgré tout tentait de donner à comprendre quelques images-témoignages produites depuis l’« œil du cyclone » lui-même – le camp d’Auschwitz en pleine activité de destruction – cet essai traite, en quelque sorte, des images après coup et, donc, de la mémoire visuelle du désastre.

Une première étude s’attache à reconstituer les conditions de visibilité et de lisibilité – concurrentes ou concomitantes – au moment de l’ouverture des camps nazis. Elle se focalise sur les images filmées par Samuel Fuller en 1945 au camp de Falkenau et sur la tentative, une quarantaine d’années plus tard, pour en faire un montage doué de sens, une « brève leçon d’humanité ».

Une seconde étude retrace les différentes procédures par lesquelles le cinéaste et artiste allemand Harun Farocki revisite – et remonte – certains documents de la violence politique. On découvre alors ce que c’est, aujourd’hui, qu’une possible restitution de l’histoire dans le travail des images. Deux essais plus brefs évoquent successivement l’activité photographique d’Agustí Centelles au camp de Bram en 1939 (ou comment un prisonnier regarde les autres prisonniers) et le questionnement actuel de Christian Boltanski sur l’image en tant que reconnaissance, transmission et œuvre de dignité.

L’Œil de l’histoire, 3. Atlas ou le gai savoir inquiet

2011. Collection « Paradoxe », 384 p. 73 illustrations in-texte, 29,40 €, ISBN 978.2.7073.2200.5

À quiconque s’interroge sur le rôle des images dans notre connaissance de l’histoire, l’atlas Mnémosyne apparaît comme une œuvre-phare, un véritable moment de rupture épistémologique. Composé – mais constamment démonté, remonté – par Aby Warburg entre 1924 et 1929, il ouvre un nouveau chapitre dans ce qu’on pourrait nommer, à la manière de Michel Foucault, une archéologie du savoir visuel. C’est une enquête « archéologique », en effet, qu’il aura fallu mener pour comprendre la richesse inépuisable de cet atlas d’images qui nous fait voyager de Babylone au XXe siècle, de l’Orient à l’Occident, des astra les plus lointains (constellations d’idées) aux monstra les plus proches (pulsions viscérales), des beautés de l’art aux horreurs de l’histoire.

Ce livre raconte, par un montage de « gros plans » plutôt que par un récit continu, les métamorphoses d’Atlas – ce titan condamné par les dieux de l’Olympe à ployer indéfiniment sous le poids du monde – en atlas, cette forme visuelle et synoptique de connaissance dont nous comprenons mieux, aujourd’hui, depuis Gerhard Richter ou Jean-Luc Godard, l’irremplaçable fécondité. On a donc tenté de restituer la pensée visuelle propre à Mnémosyne : entre sa première planche, consacrée à l’antique divination dans les viscères, et sa dernière, hantée par la montée du fascisme et de l’antisémitisme dans l’Europe de 1929. Entre les deux, nous aurons croisé les Disparates selon Goya et les « affinités électives » selon Goethe, le « gai savoir » selon Nietzsche et l’inquiétude chantée dans les Lieder de Schubert, l’image selon Walter Benjamin et les images d’August Sander, la « crise des sciences européennes » selon Husserl et le « regard embrassant » selon Wittgenstein. Sans compter les paradoxes de l’érudition et de l’imagination chers à Jorge Luis Borges.

Œuvre considérable de voir et de savoir, le projet de Mnémosyne trouve également sa source dans une réponse d’Aby Warburg aux destructions de la Grande Guerre. Non content de recueillir les Disparates du monde visible, il s’apparente donc à un recueil de Désastres où nous trouvons, aujourd’hui encore, matière à repenser – à remonter, poétiquement et politiquement – la folie de notre histoire.
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