Les enquêtes du commissaire Habib, 1, La Malédiction du lamantin, roman
EAN13
9782213635149
ISBN
978-2-213-63514-9
Éditeur
Fayard
Date de publication
Collection
Fayard noir (1)
Séries
Les enquêtes du commissaire Habib (1)
Nombre de pages
212
Dimensions
21 x 13 x 0 cm
Poids
282 g
Langue
français
Code dewey
843
Fiches UNIMARC
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1?>Ils étaient quatre dans la chambre fermée, assis en face du devin Kalapo qui traçait avec dextérité des signes cabalistiques dans du sable étalé sur une petite natte. Comme s'il tournait des pages d'un cahier, une fois le carré de sable recouvert de ces traits parallèles, le devin effaçait tout et réécrivait. Les autres le regardaient, silencieux, avec crainte et admiration. Alors Kalapo releva la tête et dit :– J'ai interrogé le sable à trois reprises, et, à trois reprises, il m'a assuré que Maa se trouve actuellement dans le fleuve Djoliba1.– Dans ce cas, allons-y sans tarder ! lança Zarka d'une voix sourde en empoignant la chaise roulante où était recroquevillé Kouata, qui se mit aussitôt à trembloter.Le vieil hémiplégique à la barbe blanche abondante regarda fébrilement tour à tour Nassoumba son épouse, Mandjou le griot, et Kalapo le devin, lequel avait rangé ses effets de divination ; puis, penchant la tête en arrière vers Zarka, il murmura, comme essoufflé :– Pas encore... pas encore... Attends un peu.Dans la chambre aux murs d'argile et au toit de branchages, le silence s'installa, un silence de surprise et de gêne. L'ampoule nue suspendue à la poutre centrale répandait une lumière blafarde qui dessinait sur le sol de drôles de silhouettes dégingandées. Kouata se recroquevilla de nouveau, sa respiration devint sifflante et il se mit à claquer des dents.– Que t'arrive-t-il donc ? lui demanda Mandjou.– Il faut... il faut attendre... attendre... un peu... bafouilla le handicapé.– La nuit s'épaissit, intervint Kalapo, il faut y aller maintenant. Nous n'avons pas le choix, sinon ce sera trop tard.– Allons-y donc ! trancha Zarka.Or Kouata s'agrippa à sa chaise et, de ses jambes paralysées, réussit à bloquer l'engin.– Non, non, il faut... attendre un peu, supplia-t-il.Il pleurait.Nassoumba se planta devant lui et, le regardant droit dans les yeux, lui lança :– Hey, homme, aurais-tu peur, toi ? Tu n'as pas honte ? À ton âge ! Pour toute réponse, le mari secoua la tête. À présent, des larmes lui coulaient sur les joues et il reniflait.– Honte à toi ! lui cria son épouse en lui crachant sur le boubou.– Non, Nassoumba ! protesta énergiquement Mandjou. Une épouse ne se comporte pas comme ça. N'oublie pas que ton mari est malgré tout le chef des Bozos, notre chef. Prends garde, femme !Sans un mot, l'épouse se retira au fond de la chambre.– Nous partons ! ordonna le devin.Alors Kouata relâcha son étreinte et Zarka put faire sortir la chaise roulante de la chambre. En file indienne, le devin ouvrant la marche, suivi de Zarka et de Kouata, puis du griot, et enfin de Nassoumba, le petit monde traversa la cour sombre où nulle âme ne semblait vivre. Soudain, d'une chambre s'éleva un gémissement de femme pareil aux plaintes d'un chiot. Peu à peu, le gémissement enfla au point de faire se dresser les cheveux sur la tête. Comme sur commande, la petite colonne s'immobilisa. Kouata se mit à pleurer de nouveau. Nassoumba ramassa un morceau de bois qui traînait au sol, marcha rageusement vers la porte fermée d'où filtrait le gémissement. Donnant un violent coup au battant de bois, elle cria :– Tais-toi, vieille sorcière ! Puisse le malheur que tu appelles retomber sur toi-même ! Vieille sorcière ! De l'autre côté de la porte, ce fut le silence. Alors la colonne poursuivit sa marche jusqu'au portail de la maison, où Nassoumba s'arrêta et regarda les hommes s'enfoncer dans l'obscurité.Après que ceux-ci eurent disparu derrière un rideau d'arbres, elle retourna sur ses pas. Au moment où elle repassait devant la chambre, les lamentations s'élevèrent de nouveau.– Écoute-moi, vieille sorcière, qui veux-tu manger aujourd'hui, hein ? hurla-t-elle.– Je te tuerai, quoi que tu fasses, vieille chienne ! Je te tuerai ! répliqua la geignarde avec vigueur.– Vieille folle, c'est moi qui te tuerai avant.– Souviens-toi du mal que tu m'as fait. Tu ne me connais pas, sinon tu aurais compris que ta vie est finie.– Vieille folle. Toi, tu passeras ta vie enfermée. Comme une chienne que tu es !
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