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Même le silence a une fin
22 mars 2013

L'autre livre de la jungle

Comment expliquer que de ces six ans et demi de captivité, il ne reste aucune trace sur ce visage aussi lisse que celui d’une madone ? On attendait un témoignage, coécrit avec un journaliste, mais c’était mal connaître cette femme qui ne se trouve jamais là où on l’attend. Et la voici devenu écrivain à part entière avec « Même le silence a une fin », un récit envoûtant dont vous ne verrez pas passer les 800 pages.

**Rencontre**

**Quand est née l’idée de ce livre ? Dans la jungle, à votre libération ?** Lorsque j’étais en captivité, je me disais qu’il fallait témoigner. Et lorsque j’ai été libérée, je me suis retrouvée dans l’impossibilité de raconter à maman, à mes enfants ce que j’avais vécu. Quand j’essayais, je lisais tellement d’horreur dans leurs yeux, que je m’effondrais. Ecrire est alors devenu le seul moyen de m’exprimer. Mais je voulais le faire seule, car personne d’autre ne pouvait trouver les mots pour raconter ce que j’avais vécu.

**On a l’impression que chaque détail de ces années de captivité reste imprimé dans votre mémoire.** Non, j’ai oublié beaucoup de choses, qui me reviennent petit à petit. Mais lorsque je suis sortie, pendant les six mois qu’il m’a fallu pour me réadapter à la vie, j’ai pris des notes. Et quand j’ai commencé à écrire, un souvenir me conduisait à un autre. J’ai eu besoin d’un an et demi pour arriver à bout de cette histoire. Cela a commencé par me faire souffrir, puis ça a fini par me libérer. L’introspection a nettoyé certaines plaies. Et je voulais être moi- même : ni Ingrid la sainte, ni Ingrid l’horrible, juste moi-même tout simplement.

**Qu’est-ce qui vous a le plus manqué pendant cette période ?** La liberté tout simplement. La liberté d’être avec des gens qu’on aime, d’avoir l’usage de son temps. On n’avait aucun choix possible, sauf celui de définir qui on veut être. J’ai découvert qu’on pouvait se modeler selon l’ambition que l’on a de soi-même. Cela a été une révélation.

**Dans votre livre, vous décrivez les rapports difficiles avec les FARC bien sûr, mais aussi avec vos compagnons de captivité. Comment expliquez-vous ce manque de solidarité ?** Nos geoliers étaient parfois gentils, mais la plupart du temps ils étaient épouvantables. Pourquoi cette méchanceté gratuite ? Je pense que posséder des armes, n’avoir pas de témoin et pouvoir se cacher derrière une hiérarchie débloque des instincts primaires. Quant aux prisonniers, à partir du moment où ils acceptent la loi et l’autorité de ces criminels, ils justifient le mal qu’ils peuvent leur faire. Et c’est l’effondrement de la dignité de soi. Les comportements deviennent serviles et il n’existe plus aucune solidarité.

**Vous avez beaucoup parlé de votre foi. Est-ce cela qui vous a aidée à tenir le coup ?** Bien sûr, mais ce qui m’a aidée bien davantage, c’est que j’étais psychologiquement solide. J’ai vécu une enfance très heureuse à laquelle je me raccrochais. La foi, elle, a servi à donner un sens à ce que je vivais. A me convaincre que ce n’était pas du temps perdu, que cette épreuve me grandissait.

**Eprouviez-vous d’autres peurs que celle de mourir ?** J’avais peur d’attraper une maladie incurable, peur d’avoir un accident et devenir paraplégique. Peur aussi de devenir ce qu’ils voulaient, une vieille chose rabougrie et pleine de haine. Je me suis forcée à réapprendre à rire et à sourire pour ne pas laisser la rancune gagner.

**Comment vous êtes-vous réadaptée à la vie ?** Se réadaper au bonheur est facile. Avec mes enfants, il y a eu des petits accros, mais ils étaient nécessaires. J’avais quitté des adolescents, je retrouvais des adultes. Au début, il y avait une pudeur, une distance qu’il fallait réduire. Je voulais que mes enfants aient une maman. Mélanie me lançait, « tu as souffert, mais nous aussi ». Et Lorenzo, alors que je lui avais fait une remarque, m’avait répondu « tu ne me connais plus, mes amis me connaissent mieux que toi ». Ce qui n’était pas vrai, mais il nous a fallu du temps pour trouver de nouveaux moyens de communication.

**Qu’est-ce qui ne sera plus jamais comme avant ?** Rien ne sera plus jamais comme avant. Je suis revenue dans un monde sans mon père, qui est mort pendant que j’étais en captivité. Je n’étais pas auprès de lui, je n’étais pas avec ma sœur, et les conditions de cette mort restent pour moi un déchirement.

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Crépuscule
22 mars 2013

Chronique de Manhattan

Peter, un galeriste à la quarantaine bien entamée, représente des artistes débutants, dont on ne sait pas encore s’ils deviendront célèbres ou s’ils tomberont dans l’oubli. Il a une femme, Rebecca, et une fille avec laquelle les relations se sont distendue. Il va se rendre compte de l’équilibre fragile de son existence, lorsque son très jeune beau-frère, Mizzy, vient habiter chez eux pour une durée indéterminée. Mizzy est un peu l’enfant gâté de la famille, il a des problèmes de drogue, et il continue à chercher sa vocation. C’est aussi un individu sans scrupule ni morale, et prêt à tout pour arriver à ses fins, même à séduire le mari de sa sœur. Celui-ci, bien qu’il ait jusqu’à présent vécu une sexualité sans ambiguïté, se voit tenté, tenté seulement, par ce jeune corps musclé qui n’est pas sans rappeler, par sa beauté, une sculpture de Rodin admirée au Metropolitan Museum. Michael Cunningham ne nous livre pas une vision de la famille extrêmement réjouissante, mais il excelle dans sa description d’un certain milieu (les bobos et les artistes), d’une certaine génération (les quadragénaires), d’une certaine époque (aujourd’hui, à New York).

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Rien ne s'oppose à la nuit, roman
7,90
21 mars 2013

Mourir vivante

« Ma mère était bleue, d’un bleu pâle mêlé de cendres, les mains étrangement plus foncées que le visage, lorsque je l’ai trouvée chez elle, ce matin de janvier. » Parce qu’elle n’arrive pas à joindre sa mère, Delphine de Vigan se rend chez elle. Et là, c’est le drame. Lucile s’est suicidée depuis plusieurs jours et elle a préparé des petits cadeaux pour les gens qu’elle aimait. Maniaco-dépressive, elle semblait pourtant aller mieux ces derniers mois, avoir repris goût à la vie. Mais dans la lettre qu’elle adresse à ses « filles chéries, les deux personnes qu’elle a le plus aimées au monde », elle leur explique qu’elle « préfère mourir vivante. » C’est ce parcours fait de quelques hauts mais surtout de nombreux bas que raconte ce si beau livre qui vous prend aux tripes. " Rien ne s'oppose à la nuit " a fait écho chez des dizaines de milliers de personnes, qui éprouvèrent un infini chagrin pour cette femme qu’ils ne connaissaient pas et dont, pourtant, ils se sentaient proches. Il aura fallu ces quatre cents pages à Delphine de Vigan pour qu’elle arrive à pardonner à Lucile son suicide. Et finisse même par admirer son courage.

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OU EST LE LOUP
21 mars 2013

Loup y es-tu ?

Ce livre réunit deux passions enfantines, le jeu du cache-cache et le loup, une combinaison gagnante ! Un petit cochon part se promener. Sa maman le met en garde contre le loup qu’il pourrait rencontrer. Il débute sa ballade par la forêt où il croit apercevoir les oreilles du loup caché derrière un arbre… Ouf ! En soulevant un volet, nous découvrons en fait qu’il s’agit d’un lapin. La méprise va se répéter dans les différends endroits où le petit cochon va se rendre lors de sa promenade : dans la rivière, dans les buissons ou encore dans l’arbre. Votre enfant va prendre un grand plaisir à soulever les volets pour découvrir quel animal se cache derrière.

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Le poète de Gaza / roman

Sarid, Yishai

Actes Sud

7,50
21 mars 2013

Poésie ou terrorisme ? Il faut choisir

Parfois, le meilleur moyen pour comprendre une situation politique, aussi compliquée soit-elle, c'est la lecture d'un bon roman. Avec " Le Poète de Gaza ", vous plongez  dans la guerre, vous pénétrez au cœur des attentats. Il n'y a plus ni de bons ni de méchants, juste des gens qui se détestent et croient que leur cause vaut tous les sacrifices. Le héros (c'est écrit à la 1ère personne) est un agent secret israélien chargé de piéger le responsable d’un réseau terroriste palestinien. Mais comment pousser ce dernier à sortir de sa tanière, lui qui ne met jamais un pied dehors sans être protégé ?  La faiblesse de ce dernier, c'est son père, le poète Hani, un vieil homme malade a besoin de soins. Si on parvient à le faire hospitaliser dans un hôpital israélien, peut-être qu'alors son fils prendra le risque de lui rendre visite. Mais l’agent n’avait pas imaginé qu’il s’attacherait au vieil homme, et plus encore à sa compagne, Dafna, une belle romancière. Que choisir ? L'amitié ou la politique, l'amour ou son pays ? Un thriller captivant signé par Ishaï Sarid qui, dans une autre vie, est avocat.

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