o n l a l u

http://www.onlalu.com/

o n l a l u est un site de critiques et d'informations littéraires animé par une rédaction et ouvert aux internautes.

UNE FAIBLESSE DE  CARLOTTA DELMONT ** ETE 2013**
25 mars 2013

La musique n’adoucit pas toujours les mœurs

Après une enfance à Brooklyn, Carlotta Delmont a connu une fulgurante carrière de diva soprano sur les plus prestigieuses scènes d’opéras de la planète. Cette incroyable réussite a un prix : une totale dévotion à son art et une vie de femme peu épanouie malgré l’affection de son vieux compagnon et manager. Or comme les héroïnes à qui elle redonne vie chaque soir, la cantatrice est une grande amoureuse qui ne vibre que par la passion. A l’issue d’un récital parisien, elle disparaît. On pense tout d’abord à une fuite avec son amant mais il n’en est rien… L’auteur de ce joli roman, Fanny Chiarello, emprunte tour à tour diverses formes littéraires - pièce de théâtre, lettres, extraits d’articles de presse ou de journal intime- pour reconstituer les causes et conséquences de cette brève incartade vers la liberté que la diva paiera cher. Il faut dire aussi que l’action se situe en 1927… mais serait-ce différent aujourd’hui ? Quel prix à payer pour la gloire ? Un roman touchant et sensible à lire accompagné de la bande son de l’inoubliable Maria Callas.

Lire la suite de la critique sur le site o n l a l u

Rideau !, roman
11,00
25 mars 2013

Zékian la surprise

C’est bien connu : parmi les jeunes primo-romanciers on trouve de tout, mais souvent du pas terrible. Pour être célèbre et vite, un certain nombre d’entre eux tente le spectaculaire, l’innommable, le trash, le sexuellement innovant, porté par un sens de l’esbroufe que l’on peut juger admirable mais qui finit par lasser et  la plupart du temps sonne creux. A l’inverse, d’autres travaillent, se concentrent, puisent en eux-mêmes des thèmes qu’ils sont les seuls à pouvoir traiter et les abordent avec ce qu’il faut de finesse et d’intelligence pour toucher le lecteur et faire partager leur émotion. Ainsi Ludovic Zékian se lance dans le paysage littéraire français avec un premier récit passionnant, " Rideau ! ", dont le personnage principal pourrait paraître très peu littéraire : une femme qui tient une maison de la presse dans une petite ville de province.

Dès le premier paragraphe de ce court texte autobiographique, l’auteur se montre tout à fait conscient du danger : « Je suis de la race des fils de commerçants. De petits commerçants. Cette seule qualité suffit à me rendre suspect. A-t-on jamais vu boutiquier exprimer des velléités d’écrivain ? ». ** **Et pourtant.** **L’auteur nous raconte la vie de sa mère et lui dédie son livre. D’origine arménienne, fille d’un fripier, elle a dû très jeune abandonner l’école pour aider son père sur les marchés. Lorsque l’auteur vient au monde elle tient une petite boutique, « un magasin de prêt-à-porter à l’angle des rues de la République et de Stalingrad à Bourgoin-Jallieu, Isère ». Avec cette simple phrase tout est dit : les heures vides de la province, la clochette qui tinte à l’ouverture de la porte, la grisaille des jours de pluie derrière la vitrine où des pullovers ont été soigneusement disposés. Mais dans cette France qui découvre les supermarchés et la vente par correspondance, le prêt-à-porter à l’ancienne n’est pas à la fête et le magasin périclite. Qu’importe ! Inventive, intelligente, combattive, notre discrète héroïne vend son fonds de commerce pour ouvrir une maison de la presse, qu’elle agrandira quelques années plus tard et dotera d’un espace librairie. L’auteur devenu ado lui doit ses premières découvertes littéraires. ****

Nulle mièvrerie ici –défaut qui a pourtant ces dernières années caractérisé nombre de récits consacrés aux parents- mais un immense respect pour cette vie anonyme que l’auteur nous restitue dans un texte précis qu’on lit comme un polar : malgré toutes sortes d’obstacles, en particulier l’intransigeance de la banque, notre héroïne va-t-elle pouvoir conserver sa boutique ou devra-t-elle tirer le rideau ? En 125 pages, sans didactisme ni grandiloquence, Ludovic Zékian nous dresse l’histoire implacable d’un pays où les centres-villes de province se vident au profit des zones commerciales périphériques. Il nous fait partager les soucis d’une femme qui se bat seule pour faire exister son projet et force l’admiration. Il parle avec beaucoup de subtilité de ses origines arméniennes et de leurs traces dans le folklore familial. Surtout, avec une immense pudeur et beaucoup d’émotion, Ludovic Zékian sait trouver les mots pour raconter la très belle relation qui le lie à sa mère, relation empreinte de complicité, de silences et d’infinie tendresse. De plus, il parvient à décrire sans faux-semblant sa culpabilité d’aujourd’hui. Etudiant brillant puis fonctionnaire apprécié à Bercy, il vit à Paris et ne revient passer que quelques week-ends par an dans la ville de province :** **« Quand je retourne au magasin, elle me demande régulièrement en quoi consiste mon travail.** **Précisément.** **C’est difficile à expliquer. Je synthétise au mieux ; c’est insuffisant.** **Elle a du mal à répondre aux clients avec qui elle en parle. J’imagine sa déception ».****

_ _Ludovic Zékian est la surprise de l’hiver. En 125 pages, il s’offre le luxe d’affronter crânement le milieu littéraire parisien, avec pour seules armes sa sincérité et la beauté de sa phrase.

Lire la suite de la critique sur le site o n l a l u

Astrance, Livre de cuisine

Livre de cuisine

Editions du Chêne

23 mars 2013

Un livre 3 étoiles !

Ce livre ressemble à la cuisine de l'Astrance. Ceux qui ont eu la chance - car c'est une chance - d'y prendre un repas comprendront. Tout est parfait. On imagine que le chef a fait preuve de beaucoup d'exigence pour arriver à un ouvrage d'une telle qualité. Les photos sont exceptionnelles et la mise en page d'une grande élégance. C'est certainement l'un des plus beaux livres de cuisine qui existe. Il y a d'abord l'ouvrage lui même, dans lequel Pascal Barbot livre ses réflexions sur la cuisine, les produits, les saveurs. On y trouve aussi des recettes, pas toujours très simples, mais réalisables. Dans le même coffret, se glisse un " cahier de pas à pas " dans lequel, photos à l'appui, le chef  montre quelques gestes fondamentaux et explique des cuissons comme celles du pigeon ou du cochon de lait. Ce beau livre est un peu cher, certes. Mais c'est un livre 3 étoiles ! Un magnifique cadeau pour tous les toqués de cuisine.

Lire la suite de la critique sur le site o n l a l u

Gloria / roman

Kramer, Pascale

Flammarion

17,00
23 mars 2013

Kramer l'implacable

Quand on lit un roman de Pascale Kramer, il y a toujours un moment où on est pris de panique. Ici, plongé dans " Gloria ", on ne sait pas exactement à quelle page on s’est mis à trembler, mais l’angoisse est bien là, qui s’est insinuée malgré nous, perfidement. Parce qu’au fond, on ne sait plus très bien pourquoi Michel rend aussi souvent visite à Gloria. Parce que la jeune femme l’intéresse ? Mais n’est-ce pas plutôt Naïs, la petite fille de la maison, qui l’attire ? Naïs dont Gloria a posté des photos sur internet, photos que Michel regarde sur son ordinateur quand il est seul chez lui. Et que cherche Gloria, quand elle contacte Michel ? A se faire aider, ou à le manipuler ? Elle sait qu’il a perdu son emploi d’animateur dans un foyer pour jeunes femmes en galère, et elle sait qu’il l’a perdu à la suite de rumeurs l’accusant d’être un peu trop attaché à certaines pensionnaires et leurs enfants. Elle-même a eu affaire à lui à l’époque, elle ne s’est plainte de rien mais ne l’a pas disculpé non plus. Alors on s’interroge, on revient en arrière, on cherche à se rassurer. Après tout, rien n’est certain. Peut-être Michel est-il animé de bonnes intentions lorsqu’il retourne dans la cité HLM où vit Gloria, peut-être est-il sincèrement inquiet du sort de la petite Naïs. Mais en revanche  Gloria s’occupe-t-elle correctement de sa fille ?

Pascale Kramer excelle à créer une tension dans sa phrase. Peu de dialogues, une description minutieuse des gestes de chacun, de petits détails troublants savamment disséminés dans le texte, voilà le style parfaitement maîtrisé de cette romancière. Kramer sonde les zones cachées de ses personnages, mais suggère plus qu’elle ne dit et laisse une chance à chacun. Surtout, et c’est un vrai plaisir, elle laisse sa chance au lecteur. A lui de choisir, d’imaginer, de comprendre, sans que, comme dans tant de mauvais romans, on lui prémâche le travail. Ceux qui apprécient cet écrivain venu de Suisse ne seront donc pas déçus. Ce nouveau titre s’inscrit dans la droite ligne des superbes " Retour d’Uruguay ", " Fracas ", " L’implacable brutalité du réveil ". Mais de nouveaux thèmes apparaissent : la précarité, la banlieue, la vie dans les marges observée avec empathie. Et, comme souvent chez Kramer, un enfant est au centre du roman. D’une manière ou d’une autre, cet enfant changera la vie de tous les autres personnages.

Lire la suite de la critique sur le site o n l a l u

Cet instant-là
23 mars 2013

Ich bin ein Berliner!

Quand Elizabeth Taylor aimait, elle épousait. C'est un peu la même chose pour Douglas Kennedy, mais côté immobilier! Lorsqu'il se sent bien dans une ville, il achète un appartement. Il y eu Londres, Paris, et maintenant Berlin, où il possède un joli pied à terre dans l'ancienne partie Est. C'est là qu'il s'est en partie installé pour écrire " Cet instant-là ".

Il y a deux veines Kennedy. Le polar, genre « L’homme qui voulait vivre sa vie », ou le récit plus romantique comme « La poursuite du bonheur », « Quitter le monde», et le livre qui paraît aujourd’hui, « Cet instant-là ».  On peut aimer l'une, l'autre, ou les deux, ce qui est mon cas. Car quel que soit le genre, on trouve finalement toujours les mêmes pistes, les mêmes explorations: explorer l'âme humaine, imaginer de quoi les gens sont capables (et ce n'est pas toujours du meilleur), mais surtout, et c'est ce qui le fascine le plus, déterminer l'instant qui fera basculer le destin, la mauvaise décision qui gâchera le reste de votre vie, la rencontre que vous n'auriez jamais dû faire... " Cet instant-là " se situe en pleine guerre froide, il imagine une histoire d’amour entre un Américain, venu à Berlin en reportage, et une jeune femme qui a fui l’Est, où elle a vécu l’horreur. L'écrivain nous plonge dans cette atmosphère oppressante de la guerre froide, où la grande Histoire court- circuite la petite. Et, comme toujours chez ce cher Douglas dont l'optimisme n'est peut-être pas la meilleure vertu, la poursuite du bonheur s’avère une tâche aussi compliquée qu'hasardeuse.

Lire la suite de la critique sur le site o n l a l u