Hélène-Lecturissime

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Littéralement passionnée par la littérature, je cherche par tous les biais à partager cette passion et à découvrir de nouveaux romans ou auteurs inoubliables...
J'ai créé récemment un blog de lecture spécialisé en littérature étrangère, ce qui me permet de faire de belles rencontres...

Les Luminaires

Buchet-Chastel

27,00
13 avril 2015

Un roman d'aventures très dense !

Tout commence dans le port de Hotokika sur la côte ouest de la Nouvelle Zélande en 1866, au temps de la ruée vers l'or. Après un éprouvant voyage, Walter Moody accoste dans le petit port, bien décidé à faire fortune sur ces terres prometteuses. Il rencontre en ce lieu une assemblée mystérieuse, réunie dans le fumoir de son hôtel. Douze hommes vont alors tour à tour lui raconter ce qui les réunit en ce lieu : ils cherchent à démêler certains mystères qui pèsent sur le port. Un riche notable a disparu, une jeune prostituée aurait tentée de se suicider, et une fortune a été retrouvée dans la cabane d'un homme qui vient de mourir. Fortune qu'une veuve émergeant de nulle part souhaite s'approprier.

Chaque personnage raconte ce qu'il sait des faits, faits qui s'éclairent ou s'assombrissent au fur et à mesure du récit. Les personnalités évoluent au fil du temps, ceci en fonction des versions racontées, offrant ainsi plusieurs strates d'interprétations. Un concept original...

Mais...

L'ensemble est beaucoup trop long (992 pages s'il vous plaît...), surtout dans la première partie. Les jalons posés, tout tournera désormais autour de ces mystères, l'intrigue ne consistant qu'en une réécriture incessante des mêmes évènements. Bien sûr de nouveaux éléments sont découverts au fur et à mesure, mais cela n'efface pas l'effet de lassitude. La réécriture des évènements aurait pu être intéressante sur 300 pages, mais 992 c'est trop pour une seule intrigue qui finit par tourner en boucles.

De plus, de trop nombreux personnages (une vingtaine) défilent si bien qu'on a rapidement tendance à se perdre.

L'astrologie est au centre du roman, mais il faut être spécialiste du sujet pour en saisir les nuances : chaque personnage représenterait un corps astral et chaque chapitre s'ouvre sur la position des astres à un moment donné... Et ? Et c'est tout.

Un roman qui aurait gagné à être plus court et simplifié.

Toute la terre qui nous possède
22,00
24 mars 2015

Un chant à la terre

Dans un style lyrique, Rick Bass chante la terre en observant les abords du lac salé Juan Cordona à 20 km de Castle Gap dans le désert texan. Il fait vivre ce lieu mythique sur plusieurs générations : Max et Marie Omo s'installe au bords des rives du lac dans années 30, puis dans les années 60, Richard, géologue chargé de forer les sols pétrolifères, s'y intéresse à son tour. Il y emmène Clarissa, une jeune femme à la pâleur surnaturelle. Tous se penchent sur cette terre millénaire, que ce soit pour y chercher des fossiles, des traces du passé, des richesses avec ce sel exploité par Max Omo, des animaux, que ce soit pour s'implanter, y planter ses racines ou juste l'effleurer au passage...

"Malgré son jeune âge, Richard avait l'intuition qu'il n'y avait en ce monde qu'un souffle, d'un type unique, qui se répétait encore et encore, aussi régulier et réfléchi que la respiration d'un animal endormi - et pourtant le monde, pas seulement le monde vivant mais le vieux monde en dessous, paraissait avoir son mot à dire dans le choix des histoires qui devaient évoluer, être modelées et remodelées, et de celles qui disparaissaient dans l'abysse ainsi que du combustible et du carburant dans la gueule de quelque machine cruelle, avançant avec un bruit sec et métallique." p. 100

Chacun va tenter de trouver sa place dans un environnement à la fois fascinant et hostile. Mais le paysage parviendra-t-il à combler le vide abyssal qui perdure en eux ?

Ce que j'ai moins aimé :

Plusieurs couches de sédiments se superposent pour atteindre le coeur du roman, et il faut avoir la patience et la concentration nécessaire pour y parvenir. Cette lenteur alliée à l'atmosphère étrange sont assez déconcertantes...

Morteparole
15 octobre 2014

Sur le pouvoir des mots...

Deux hommes, Paul, universitaire rompu à l'exercice de l'oral, tant et plus que les mots finissent par ne plus rien signifier pour ces universitaires devenus des "spectres" années après années. Et Giovan, fils d'immigrés italiens cancre de la classe plus révolutionnaire que bon élève. Ils se retrouvent à l'occasion d'une cérémonie officielle de Paul, dans un grand lycée parisien, sur les bancs d'école qui ont eux aussi perdu leur âme. L'occasion pour Giovan de se souvenir de leur enfance et la foi qu'ils avaient l'un et l'autre dans les mots et dans leur pouvoir de création du monde. Il chante son amour de la parole avant qu'elle ne devienne morte, assujettie par des termes techniques qui ont peu à peu tué sa magie.

A eux de retrouver le pouvoir des mots...

Malheureusement j'ai trouvé que le propos s'essoufflait en balayant les souvenirs des rencontres amoureuses des deux hommes. Je me suis ennuyée en cours de lecture alors que le sujet et l'auteur m'intéressait grandement. Je retenterai ma chance avec un autre titre de lui...

Tout ce que je sais de l'amour
29 août 2014

Une déception

Partant du principe qu'on ne peut pas parler d'amour sans parler de soi, Michela Marzano part de sa propre expérience pour tenter de cerner ce mystère absolu et ses corollaires : désir, passion, durée dans le temps...

Malheureusement son propos ne s'élève guère, les remarques qui naissent de son expérience sont certes pertinentes, mais nullement révolutionnaires. Elle tourne autour de l'idée selon laquelle ce qu'on a vécu détermine notre façon d'aimer et d'être aimé, et le propos tourne rapidement en rond autour du nombril de l'auteur mal comprise par son père et en mal d'enfant.

"Ce n'est jamais l'autre qui peut nous aider à "désenvoûter la maison hantée que nous sommes," comme l'écrit Anne Dufourmantelle. Cette maison "hantée par des plaintes dont on ne sait plus à qui elles apartiennent, mais qu'on a faites nôtres". Au contraire. Bien souvent c'est l'autre qui fait resurgir nos peurs. Toutes celles qui demeurent dans un coin de notre être.

La peur du jugement de notre père. La peur de l'abandon de notre mère. La peur de na pas être à la hauteur des attentes des autres. Ce sentiment d'inutilité. Cette envie de mieux faire mais cette impossiblité à y parvenir. Ce pardon qui n'arrive pas..." p. 59

Elle souligne également qu'il est impossible de tout avoir et si cela arrivait, nous n'aurions plus rien à désirer. Ainsi, si la personne qui aime a tendance à trop projeter dans l'autre, elle sera irrémadiablement déçue par le décalage entre l'image idéale de l'autre et sa réalité.

"Qui, dès lors, est le véritable responsable ?

Lui, qui est toujours égal, terriblement égal, identique à lui-même, ou nous, qui avons cru qu'il changerait pour devenir ceomme nous avons toujours rêvé qu'il soit, comme il aurait dû être ?" p. 87

Ses pistes de réflexion se révèlent ainsi relativement banales et évidentes, n'apportant pas de neuf au sujet...

Elle appuie aussi sa réflexion sur de brèves citations d'écrivains ou philosophes, décortiquant l'idée pour la démonter ou l'infirmer. En quelques pages, elle glose sur une idée qui en aurait mériter largement le double et réduit ainsi la pensée de l'auteur cité.

Si quelquefois la phrase frappe par sa justesse et sa poésie au détour d'une page, l'auto-apitoiement psychanalytique et les phrases convenues refond rapidement surface, créant une déception chez le lecteur !

La clandestine du voyage de Bougainville
19,00
4 juillet 2014

Un très beau destin de femme

Michèle Kahn retrace le destin atypique de Jeanne Barret, première femme à faire le tour du monde. Quand son compagnon le botaniste Philibert Commerson rejoint l'expédition de Bougainville en 1766, ils décident tous deux que Jeanne fera partie également de l'aventure, déguisée en garçon censé être le valet de Commerson. Commence alors une folle aventure sur les mers du monde à bord de l'Etoile. La traversée sera longue ponctuée par les maladies, le scorbut, le chanvre,par les tempêtes, la peur d'être découverte, les douleurs liées au fait qu'elle doit cacher sa poitrine, la souffrance de ne pouvoir vivre son amour au grand jour... Néanmoins Jeanne tient bon, s'efforçant de mettre ses dons d'herboriste au service de l'expédition, soignant les uns, aidant les autres. Elle a conscience de vivre une expérience unique :

"A l'âge où ses parents ont disparu, elle s'apprête à vivre une expérience que bien peu d'êtres ont connue. Nulle femme, en tout cas. Malgré les conditions ardues - la plus dure est de devoir masquer son amour pour Philibert-, et l'épreuve traversée ces derniers jours, elle ne regrette pas d'avoir désiré comprendre l'envie des hommes d'aller si loin dans le monde. La vie concédée aux femmes est si étriquée, si mesquine, en comparaison."

Puis vient la rencontre avec les sauvages, les échanges, heureux ou malheureux, qui poussent quelquefois Jeanne à se demander qui sont réellement les sauvages en ce bas-monde : "Les gens de chez nous sont plus cruels que les Sauvages."

Elle cotoiera à bord Ahutoru, le jeune tahitien volontaire décidé à découvrir Paris. L'auteur se concentre sur le voyage, balayant rapidement la fin de sa vie après son retour à terre.

L'histoire vraie de cette jeune femme téméraire est passionnante, mettant en scène des personnages historiques qui apportent densité et intelligence au récit. Un beau destin de femme !

"Au cours du voyage, Commerson lui dédie un arbuste de la famille des Meliaceae, Baretia bonnafidia. Néanmoins, l'espèce changera, par la suite, de nom pour devenir Turraea floribunda, synonyme de Turraea heterophylla7. Il faudra attendre plus de 200 ans pour qu'un nouveau taxon commémore le nom de Jeanne Barret : en 2012, une nouvelle espèce de Solanaceae découverte en Amérique du Sud est nommée Solanum baretiae en son honneur." (source : wikipédia)