Gaël M.

Terra Ignota, 1, Trop semblable à l'éclair
par (Libraire)
1 août 2020

Si le mot n'est pas trop galvaudé, je dis CHEF-D'OEUVRE !

Un roman d'une telle ampleur il n'en paraît qu'un tous les 10 ans.
C'est exigent, érudit, foisonnant, subtile, déstabilisant... Il faut s'accrocher au début, mais pour quelle récompense!
A ranger aux côtés du cycle de Fondation d'Asimov et d’Hypérion de Dan Simmons.

J'aurais pu devenir millionnaire, j'ai choisi d'être vagabond
par (Libraire)
17 janvier 2020

John Muir, l'émerveillé

J’aurais pu être millionnaire, j’ai choisi d’être vagabond d’Alexi Jenni (éd. Paulsen) est un portrait passionnant et une excellente entrée en matière pour découvrir cet homme d’exception qu’était John Muir.

Né en 1838 en Ecosse, John Muir émigra aux Etats-Unis avec sa famille à l’âge de 11ans, dans le Wisconsin. Dans les espaces encore sauvages de cette toute jeune Amérique, émerveillé, il va consacré sa vie à la Nature. L’observation, la connaissance et surtout la préservation de cette Nature grandiose dans laquelle il ne cessera de se fondre. Les fôrets, les montagnes, les champs de fleurs, les glaciers… De la vallée du Yosemite à l’Alaska, en passant par la Floride et l’Amazonie, il s’émerveillera tout au long de sa vie devant la beauté inégalée que peuvent offrir ces paysages vierges de toute activité humaine. Il fuira autant que possible la compagnie des Hommes, lui préférant celle des écureuils, des ours et des sequoias.

Mais il écrit. Et ses essais, articles ou récits vont rencontrer un énorme succès. Cette célébrité va lui permettre de mener les premiers combats pour la protection de l’environnement.

Figure mythique aux Etats-Unis, au même titre que Thoreau, Muir est beaucoup moins connu en France. Il méritait un nouvel éclairage, et je remercie Alexi Jenni pour l’avoir fait d’une si belle manière.

» Aux Etats-Unis, c’est un héros national, c’est le protecteur de Yosemite, le sauveur des séquoias, le père fondateur de l’écologie politique, même s’il y a malentendu dans ce domaine. Et puis c’est un personnage fantasque et barbu, un vagabond magnifique, libre et plein d’humour, qui a laissé parmi les plus belles pages de nature writing, ce genre littéraire américain – hélas surtout américain-, qui ne manque pourtant pas de belles plumes. »

Comme moi, Alexi Jenni a découvert John Muir en lisant Quinze cents kilomètres à pied à travers l’Amérique; comme moi, un seul mot lui vient quand il évoque John Muir: l’émerveillement; comme moi, il aimerait que tout le monde lise John Muir.

Là où chantent les écrevisses
par (Libraire)
9 janvier 2020

Un éblouissant roman

Il y a des romans comme ça qui vous arrache des larmes et un sourire un soir, très tard, sous la pleine lune. Des histoires qui vous prennent au corps et qui vous disent que c’est pour elles que vous faites ce métier.
« Là où chantent les écrevisses » de Delia Owens, sous la traduction de Marc Amfreville, en fait indéniablement partie.

Tout commence et tout finit dans le marais, le bayou.
« Un marais n’est pas un marécage. Le marais, c’est un espace de lumière, où l’herbe pousse dans l’eau, et l’eau se déverse dans le ciel. Des ruisseaux paresseux charrie t le disque du soleil jusqu’à la mer, et des échassiers s’en envolent avec une grâce inattendue -comme s’ils n’étaient pas faits pour rejoindre les airs- dans le vacarme d’un millier d’oies des neiges. »
Voilà, Delia Owens vous prend dans sa poésie, et l’intensité de ce lieu, pour ne plus vous lâcher jusqu’à la toute dernière page.

Nous sommes en 1969 lors qu’est découvert le corps de Chase Andrews dans un marécage. Tout porte à croire à une simple chute du haut de cette vieille tour de guet. Mais l’absence totale de traces ou d’empreintes sème le doute dans l’esprit d’ Ed Jackson, le shérif de cette bourgade du Sud profond. L’ enquête démarre donc, au rythme des plats et des saveurs typiques de la Louisiane qui défilent lors des conciliabules entre Ed et son adjoint.
Parallèlement à cette histoire, une autre débute en Août 1952, au sein du marais. Une petite fille voit partir sa mère au bout du chemin. Elle essaye tant bien que mal de se dire qu’elle reviendra… un jour.

C’est ainsi que commence l’histoire de Kya, se déroulant au milieu des oiseaux, des plantes sauvages, de la violence d’un père alcoolique, des abandons, des belles rencontres, des amibes, des remarques assassines, des hérons, des crabes, des amours.

Avec un sens du rythme et de la formule, Délia Owens nous transporte fabuleusement dans son univers. J’y ai plongé mon regard et n’ai plus eu envie d’en ressortir, absorbée par ce personnage féminin fort, dense et magnifique.
Le marais devient la mère nourricière de Kya, il lui donne, la nourrit, l’inspire, la fait grandir, la confronte tandis que le monde autour observe cette « Fille des marais » méfiante et craintive qui a le goût de cette solitude immense, parfois forcée, parfois voulue.

Kya vit, palpite et Owens nous tatoue à l’esprit la beauté sombre du bayou et de son enfant. C’est cela la force d’un grand roman : ce tissage sensible entre personnages, ambiance, écriture et nous, lecteurs-trices happé(e)s.

« Là où chantent les écrevisses » (« Where the Crawdads Sing ») est un chant d’amour pour les marais de Louisiane, c’est aussi une enquête qui vous surprendra par son amplitude. Comme un éblouissant roman polymorphe.

Tant espérer des nuits
par (Libraire)
22 décembre 2019

En 1953, devant la caméra du réalisateur Pierre Viallet, dans un bistrot parisien, Blaise Cendrars parle de Modigliani. Au détour de la conversation, il sort cette petite phrase: « Et son plus beau nu, il l’a fait avec une petite Irlandaise qui était moche comme un sang de punaise, mon vieux, celle qui passe sa liquette… elle est magnifique ».

Cette réplique va piquer la curiosité d’Alain Emery, et sera à l’origine de son dernier livre Tant espérer des nuits (ed. La Gidouille).

Qui était cette « petite Irlandaise »? Et de quel tableau parle t-il?

Avec la qualité d’écriture qu’on lui connait, l’ironie fine et parfois caustique qu’il manie à merveille et la tendresse qu’il peut avoir pour ses personnages, Alain Emery fait revivre le Paris de l’époque, celui de Montmartre et du Bateau-Lavoir puis celui de Montparnasse. Il donne vie à cette jeune femme oubliée, cette petite Irlandaise anonyme qu’il imagine « sourire devant cette petite merveille qui la représente, sans qu’aucun ne la reconnaisse ».

« Ce qu’elle est devenue, cette fameuse toile à présent, en ce 17 décembre 1953, la petite Irlandaise n’en sait sans doute rien. Peut-être n’y a t-il qu’un Cendrars pour s’en soucier, pour n’avoir oublié ni le peintre ni son modèle. »

Une nouvelle petite perle signée Alain Emery.

Tant espérer des nuits
par (Libraire)
22 décembre 2019

En 1953, devant la caméra du réalisateur Pierre Viallet, dans un bistrot parisien, Blaise Cendrars parle de Modigliani. Au détour de la conversation, il sort cette petite phrase: « Et son plus beau nu, il l’a fait avec une petite Irlandaise qui était moche comme un sang de punaise, mon vieux, celle qui passe sa liquette… elle est magnifique ».

Cette réplique va piquer la curiosité d’Alain Emery, et sera à l’origine de son dernier livre Tant espérer des nuits (ed. La Gidouille).

Qui était cette « petite Irlandaise »? Et de quel tableau parle t-il?

Avec la qualité d’écriture qu’on lui connait, l’ironie fine et parfois caustique qu’il manie à merveille et la tendresse qu’il peut avoir pour ses personnages, Alain Emery fait revivre le Paris de l’époque, celui de Montmartre et du Bateau-Lavoir puis celui de Montparnasse. Il donne vie à cette jeune femme oubliée, cette petite Irlandaise anonyme qu’il imagine « sourire devant cette petite merveille qui la représente, sans qu’aucun ne la reconnaisse ».

« Ce qu’elle est devenue, cette fameuse toile à présent, en ce 17 décembre 1953, la petite Irlandaise n’en sait sans doute rien. Peut-être n’y a t-il qu’un Cendrars pour s’en soucier, pour n’avoir oublié ni le peintre ni son modèle. »

Une nouvelle petite perle signée Alain Emery.