Gaël M.

Berta Isla
par (Libraire)
25 octobre 2019

Un des plus grands romanciers espagnols

Ce n’est que mon deuxième roman de Javier Marias, après Comme les amours (Gallimard, 2013), mais je le considère déjà comme l’un de mes auteurs préférés!
Berta Isla est de ces romans qui semblent parfaits. L’écriture est sublime (et nous, lecteurs français, devons beaucoup à la traductrice Marie-Odile Fortier-Masek), l’intrigue est captivante, le suspense subtilement distillé, et l’intime est habilement mêlé à la grande Histoire, entre l’Espagne et l’Angleterre de la fin des années soixante jusqu’aux années deux mille.
Les thèmes abordés nous interrogent tout au long de la lecture, et l’on quitte avec regret Berta et Tomas, dont nous aurons suivi le destin sur près de six-cent pages.

UN LIVRE DE MARTYRS AMERICAINS
par (Libraire)
13 septembre 2019

Joyce Carol Oates au sommet!

Une fois de plus je suis soufflé!!

Joyce Carol Oates est une romancière époustouflante, prodigieuse, phénoménale!

Plus de cinquante ans d’écriture, et plus d’une cinquantaine de romans publiés (je ne compte même pas les recueils de nouvelles!). A chaque livre, une densité rare, une grande profondeur, souvent d’une qualité littéraire digne du Nobel (qui sait ?)

Joyce Carol Oates interroge nos sociétés, scrute la mécanique intime au cœur des problématiques sociétales d’aujourd’hui, et refuse la simplification hâtive qui trop souvent conduit à une compréhension étriquée du monde dans lequel nous vivons.

Dans Un livre de martyrs américains (éditions Philippe Rey), Joyce Carol Oates aborde un sujet qui divise: l’avortement. A la fin des années 90, dans une petite ville au cœur du Midwest, un père de famille, charpentier, fondamentaliste chrétien, abat un médecin avorteur devant la clinique où il exerce. Pour les familles, leurs femmes, leurs enfants, comment réagir et continuer à vivre après un tel drame? Comment se construire un avenir qui ne soit enchaîné au passé? Qui sont véritablement les nouveaux martyrs américains?

Le sujet ne peux laisser personne indifférent. Et loin de prendre parti, Joyce Carol Oates laissera le lecteur cheminer avec Naomi, Darren, Edna Mae, Dawn, Melissa, Jenna…

Remarquable et nécessaire.

Gaël

Starlight
par (Libraire)
31 août 2019

Wagamese touche à l’essentiel d’une vie et Franklin Starlight revient pour un dernier hommage à son créateur Ojibwé.
Franchement, si vous n’avez pas encore lu Les étoiles s’éteignent à l’aube (qui est désormais paru en format poche), allez-y les yeux ouverts, c’est sublime.

Starlight ou la quintessence d’un homme.

Franklin a grandi, est devenu un homme humble, taiseux, profondément altruiste. Il est resté dans la ferme du « vieux » qui l’a élevé, profondément aimé. Frank photographie l’instant animal, la beauté sauvage, la nature qui l’environne. Ces descriptions sont d’une rare intensité, comme si l’auteur déployait ses ailes d’écrivain, c’est si juste, si précis en son cœur.
Et puis l’histoire qui relie Frank au monde des humains. Celle d’Emmy, femme brisée par les hommes qui, un jour, décide d’ hurler sa haine et sa douleur à la face d’une brute. Elle s’enfuit alors avec sa fille, sur les routes, se rapprochant de celle qui pourra, du mieux possible, lui panser ses blessures : cette nature majestueuse du Canada ouest.
Mais bien évidemment, la brute ne peut laisser s’échapper sa proie… .

Avec une profonde empathie pour ses personnages principaux, Wagamese nous livre une histoire prenante, vibrante et laisse s’échapper une fin. Une fin qui n’en est pas vraiment une, une fin testament, d’amour pour ce monde, une fin qui relie au Grand Tout, l’Orenda, comme un poème laissé juste avant sa mort.

Richard Wagamese avait un talent fou. Starlight devient sa sublime étoile, amer remarquable de sa vie d’écrivain généreux et magnifique.

Fanny

Ici n'est plus ici
21,90
par (Libraire)
24 août 2019

Ici n’est plus ici est à la fois comme un tambour dont la résonance reste longtemps en nous, comme la puissance d’un chant ancestral qui vous remue les tripes, comme un tag poétique violemment posé sur un mur bétonné.

Tommy Orange donne le ton dès la première page : le parallèle, effarant et terriblement à propos, entre cette mire à tête d’Indien qui persista sur tous les écrans américains jusqu’à la fin des années 70 et la décapitation du grand chef Metacomet dont la tête fut plantée sur une lance et exhibée vingt-cinq années durant. Voilà ce qu’est l »héritage Indien, l’héritage d’un génocide.

Ici n’est plus ici (traduction essentielle de Stéphane Roques) ne fait ni dans la dentelle colonialiste ni dans le romantisme des Premières Nations.

Ce roman est une histoire construite par douze personnages, femmes et hommes, qui tissent entre eux un lien. Ils nous font revenir sur leurs douleurs physiques ou psychologiques, leurs violences subies ou rendues, leurs failles, leurs désobéissances, leurs luttes.

Dans ce roman ultra contemporain, Orange nous raconte la sédentarisation, l’ostracisation,l’alcoolisme, la perdition, les massacres, mais aussi l’espérance, le pardon, la filiation, l’amour.

Avec une plume d’une rare intensité, Tommy Orange nous dit au travers de ses personnages, ce que peut vouloir dire être « Indien » aujourd’hui, dans cette société américaine: devoir se fondre dans cette masse urbaine, se laisser parfois réveiller ou surprendre par d’anciens héritages, d’anciennes blessures, essayer de trouver un sens à cette existence d’effacé(e)s et de disparu(e)s.

Douze destins se rejoignent donc pour un pow-wow, une célébration amérindienne de ce qui fut et persiste à être, à l’ombre d’un grand stade et non plus de sequoias. Douze personnages sédentaires solitaires qui se retrouvent pour éprouver leur héritage, chacun(e) à sa manière, ici, ailleurs, partout et nulle part.

Voici un roman d’un grâce fulgurante, véritable coup au cœur.

Fanny

Le Bruit des tuiles
18,50
par (Libraire)
24 août 2019

Fonder une société harmonieuse, dans laquelle chacun aurait sa place, celle qu’il s’est choisie. Une communauté organisée, structurée pour le bien de tous. Au XIXe siècle, un certain nombre de tentatives utopiques ont vu le jour, et notamment en 1855, lorsque qu’un certain Victor Considerant, accompagné de quelques dizaines de volontaires de tous horizons, embarqua au Havre, direction le Texas, où ils créeront le phalanstère de La Réunion. Mais tout projet, si bien préparé qu’il soit, comporte des failles…

Une nouvelle fois l’écriture de Thomas Giraud nous hypnotise et nous transporte. Plus qu’au projet lui-même, c’est à ceux qui y ont cru qu’il donne vie. Leurs impressions, leurs émotions, leur ressenti. L’éditeur parle de narration impressionniste, je trouve la formule assez juste.