Nathalie M.

Le tiers temps
par (Libraire)
12 août 2020

Subtil et beau

L' auteure invente de faits réels les derniers temps de vie de Samuel Beckett dans une institution nommée Le Tiers Temps où il a réellement résidé.
Tout est donné à lire du regard et de la pensée imaginés de Beckett, identifié comme penseur de l'absurde.
Le corps et ses empêchements dans le vieillissement, l'écriture comme combler l'attente, lui donner sens même, mais dans un ralentissement, une mise en distance, c'est là tout le propos.
Et la mort, omniprésente des autres du même lieu, en soi peu à peu, qui fait percevoir autrement le cours du temps, le peu de choses qui se passent, l'inéluctable totalement inconnu qui ne se donne à percevoir et imaginer que de distanciation pensée face aux menus événements de la vie quotidienne qui se déroulent.
Un roman profond, posé roman et non récit justement, très joliment et finement écrit.

La brodeuse de Winchester
par (Libraire)
9 août 2020

Échappée dans le passé

Violet a trente huit ans en 1932-33.
Elle quitte sa mère pour vivre à Winchester, y travaille, y gagne en indépendance.
Elle entre dans le groupe des brodeuses de la cathédrale de Winchester, apprend les points, y fait rencontres et découvertes dans le contexte historique mondial que l'on sait. Elle veut y laisser trace de ce qu'elle saura créer.
La petite histoire, riche de savoirs, pour mieux dire la grande.
Les êtres, qui dans leurs propres existences sont et deviennent d'elle.
Une écriture lumineuse.
Un roman comme saisir autrement le temps passé.

Rien que l'amour, Poésies complètes

Poésies complètes

La Table Ronde

10,50
par (Libraire)
30 juillet 2020

Vaste sujet

Un ouvrage complet qui propose la découverte de l'auteur et de toute son oeuvre. 
Le poète y est présenté dans une biographie succincte, puis on lit ses poèmes qui n'ont qu'un seul thème, l'amour. Viennent pour finir divers entretiens, et ses correspondances.
L' amour, on le perçoit des poèmes comme thème unique, comme quête irrépressible ou sujet d'exploration infini que Lucien Becker ne cesse de sonder. 
Cette entité peut-être absolue, se frôle le plus sûrement des corps. 
L' amour reste évasif autant que méticuleusement écrit, s'évoque et se fantasme des mots.
Le surgissement des poèmes, leur richesse, leur profondeur interpellent de pouvoir s'exprimer, s'écrire de tant de façons. 
L' auteur a écrit beaucoup, de la poésie uniquement, pendant 25 ans puis il a disparu du monde littéraire. 
Des poèmes d'amour donc. Des poèmes qui le posent charnel. 
Puisque rien d'autre ne comptait, ne compte peut-être.

On ne touche pas / roman

Rouf, Ketty

Albin Michel

par (Libraire)
28 juillet 2020

Si le désir nous était conté...

Joséphine, professeure de philosophie au lycée, se transforme en Rosa Lee certains soirs. Elle devient danseuse strip-teaseuse. Elle qui ne vivait que de concepts, intellectualisait tout, éprouve tout à coup dans le corps la réflexion à vivre, de mettre en oeuvre ce fantasme qu'elle portait. Elle se découvre, apprend à mieux se connaître, à vivre en accord à elle-même. Elle se positionne de choix de mieux en mieux assumés et perçoit le désir, l'explore, le magnifie de le garder à bonne distance.
La femme du jour nourrit la réflexion existentielle de celle de la nuit, vice et versa.
Une mise en œuvre pensée qui va jusqu'à remettre en question tout le système scolaire dont Joséphine est l'outil.
Critique acerbe qui questionne le rôle de l'éducation nationale, invite à réfléchir sur sa fonction, face à ceux qui deviennent d'elle. Quels futurs citoyens, individus forme-t-elle ?
Quel devenir pour cette jeunesse formée en partie d'elle ?

Qu'est-ce qui meut la vie de chacun ?
Qu'est-ce qu'habiter sa vie, si ce n'est habiter son corps ?
Invitation à savoir son désir, à s'en saisir, plutôt que le subir.

Les buveurs de vent
par (Libraire)
28 juillet 2020

L'art de conter, toujours chez Franck Bouysse.

Une famille, un lieu. 
Les silences qui pèsent, mais évoquent la profondeur des êtres aussi. 
Quatre enfants, trois garçons et une fille, beaux absolument, si différents et aimants les uns envers les autres.
Deux parents qui se comprennent mal, chacun abîmé en soi-même.
Un vieil homme, père de la mère, témoin actif du devenir en marche.
Et leurs vies qui se dérèglent, peut-être pour mieux s'ajuster, enfin. 
Une vallée, une centrale électrique. 
Des travailleurs à la solde d'un seul propriétaire, prisonnier pour toujours de cette solitude, de n'être devenu que du pouvoir voulu absolu. 
Un monde où les uns imposent aux autres, de petits privilèges  malfaisants.
Mais ces autres, qui n'ont bien que peu à perdre deviennent, changent, se rebellent, en accord à ce qu'ils sont. 
Un récit forgé de poésie, c'est ce à quoi Franck Bouysse nous convie. 
Il donne à voir les lieux, les êtres fondés du lieu, leur âme à coups de mots comme autant d'entités évanescentes sublimes. 
Et de lire, on les entend ces mots portés qui emportent tout autant. 
Et de lire, on se sent d'une commune humanité, celle qui d'instants qui subjuguent, nous fait sortir de la solitude intrinsèque qui nous constitue. 
Porté de lire, on en reste suspendu.