Nathalie M.

Play Boy
par (Libraire)
12 janvier 2020

Écrire sa réalité

L'auteure écrit le moment de sa vie où elle vient de quitter son mari et son fils. C'est une période de crise, de quête, d'affirmation de soi.
Elle raconte comment elle perçoit, elle sait les êtres autour : sa famille, ses collègues, ceux qu'elle défend ( elle est avocate ). Elle dit la bourgeoisie dont elle est issue, ses codes, la liberté que ça lui donne. Elle dit l'injustice fondamentale d'être pauvre, à laquelle elle échappera toujours.
Elle dit sa sexualité, son désir des femmes qu'elle assouvit enfin.
Elle dit le plaisir que c'est pour elle de jouir du corps des femmes, de les faire jouir aussi. Elle dit l'importance du désir plus que le plaisir. Elle dit aussi les échecs que cela peut être ses tentatives avec les femmes. Elle dit la difficulté d'aimer. Qu'est-ce que c'est qu'aimer ? Elle dit son égoïsme et par là même, offre à sortir des discours peut-être mensongers ou peu fouillés habituels quant au désir, à la sexualité, à l'amour dans ce qui est trop souvent idéalisé. Aimer ne change rien à rien. Il reste à vivre, c'est tout.
Après " Play boy ", l'auteure sort en ce mois de Janvier 2020, " Love me tender ".
Une écriture directe, percutante, sans fioritures ; à suivre parce qu'elle interpelle. Et c'est bon d'être interpellé.

Vie de Gérard Fulmard
par (Libraire)
4 janvier 2020

Fiction politique géniale

Ce que ce livre est drôle !
Titre pertinent qui met en avant la vie de Gérard Fulmard, personnage d'une grande banalité qui s'inscrit de plus en plus en marginalité.
De fil en aiguille, de rencontres saugrenues en aventures abracadabrantes, on se dit que sa vie à Gérard Fulmard n'est pas si facile, que décidément, jamais, on ne lui fichera la paix.
Gérard Fulmard se retrouve embarqué dans une malencontreuse aventure, commandité à mener une mission incroyable après manipulation, par les membres d'un petit parti politique qui voudraient voir évoluer le parti autrement des événements funestes qui s'y passent.
C'est un ouvrage où tout d'abord on se demande où l'on va. Puis, on se surprend à rire, et ce assez souvent, percevant la farce absurde et géniale. L'auteur nous prend à parti(e). On se sent du déroulement, complice heureux d'être ainsi invité à lire.

Les Échappées

Taieb Lucie

Éditions de L'Ogre

18,00
par (Libraire)
29 décembre 2019

Quand du social surgit la poésie.

C'est un étrange ouvrage. C'est un livre beau. C'est une belle fable.
Le récit commence près d'une voie de chemin de fer désaffectée où un jeune garçon suit à distance une jeune fille, et se termine sur une plage jonchée de corps immobiles et silencieux qui s'animent à nouveau quand les femmes qui arrivent là, après un long périple, y posent le pied.
Entre ces deux lieux et ces êtres différents, qui peut-être au fond sont les mêmes une route dans la brume. Une route sur laquelle longtemps, on croit tourner en rond. Tourner en rond comme chercher solution. Un temps de pause qui s'étire après les événements. Un temps de latence, de lente reconstruction, de réflexion et de réorganisation du monde, du vivre ensemble, qui s'installe et s'organise mine de rien, derrière la brume.
Tout le long de l'ouvrage, on se demande où l'auteur souhaite nous emmener.
On aimerait comprendre parce que comprendre serait trouver une solution. Trouver une solution serait savoir comment être, comment faire dans ce monde voué au travail où l'individu ne fait que servir la société qui le dévore.
Quelle liberté d'être derrière cette machination posée, l'ordre imposé par la société qui se repaît des êtres ?
Les êtres élaborent des circonstances étranges où trop d'individus à bout s'effondrent et disparaissent des solutions simples qu'ils s'échinaient à perdre de vue, ne percevant plus l'essentiel.
De quoi est faite notre humanité ?
Ouvrage saisissant.

Préférer l'hiver, Le livre de votre rentrée d'hiver

Le livre de votre rentrée d'hiver

HarperCollins

17,00
par (Libraire)
26 décembre 2019

Tendre au coeur, à l'essentiel

Une mère et sa fille, chacune abîmée de leurs drames personnels, font le choix de rejoindre la forêt, s'isolent du reste du monde sans pour autant le rejeter, et ne font plus que vivre au rythme des saisons.
L'hiver, c'est la saison décrite au présent de l'ouvrage, dans son déroulement âpre, des circonstances qui le sont encore plus et que je vous invite à découvrir sans vous en dire davantage.
Trop dire du roman, serait en faire se dissiper l'essence même.
Ce livre, c'est trouver les mots justes, sans fioritures.
C'est se délester du superflu pour aborder le nécessaire et ne plus percevoir que l'essentiel.
Ce livre, c'est laisser la vie dépouillée prendre place.
Ce livre, ce n'est plus faire que vivre.
La lecture de cet ouvrage transperce, appelle la réflexion, ou impose l'évidence, c'est selon.

À l'aube
par (Libraire)
16 décembre 2019

En apnée tout du long

Cet ouvrage va un peu plus loin dans le désenchantement, en apparence seulement.
Djian se joue de notre époque dingue et nous embarque dans sa folie.
Tout ce qui est posé est savamment dosé, dans le genre “ je ne prends pas de gants”.
Les êtres sont offerts crus, à l’envers de ce que la société les donne à voir.
C’est vrai que des fois, dans la vie aussi, ça part en vrille, de façon voyante, bruyante mais on fait semblant de ne pas voir, d'entendre, et on passe à autre chose " à la vitesse grand v ".
Djian met la part sombre en lumière.
Dans ce livre, les codes posés de la classe sociale, de l’argent qu’on a ou pas ( qu’importe comment on le gagne ) structurent les êtres jusque dans leur intimité. Chacun des personnages, de ce qu’il est et fait, ne peut que batailler à juste vivre dans le monde d’aujourd’hui, sans espérance, sans repère familial, religieux ou moral de la désillusion assumée quant au genre humain.
Vivre, c’est faire avec le fait d’être en vie, pas plus.
Des phrases sur le temps, les paysages, les espaces, les êtres comme si vous y étiez, comme si vous les voyiez.
Des situations improbables qui se succèdent et tiennent incroyablement la route pourtant.
Le style précis, incisif et sans concession à l’histoire rend le tout cohérent et haletant.
On vit les événements comme part sombre des êtres explorée, au coeur même de l’histoire qui se déploie inexorablement.
Toujours, le pire est à venir et c’est balancé tel quel à la tête du lecteur comme une grosse baffe inattendue.
On se doute bien que ça ne va pas rigoler du malaise qui croît de ce que vivent les personnages.
Mais le lecteur, lui se régale de ce que c’est bon la liberté d’écrire qu'a cet auteur.
Avant, Djian, c’était comme un regard à la fois lucide, fouillé et poétique sur ce que c’est que de vivre à notre époque.
Maintenant, Djian, c’est montrer que tout fout le camp, qu’il n'est pas lieu d’espérer, ni même de désespérer de quoique ce soit, qu'il faudrait arrêter avec l'idée que tout ne pourrait qu'aller mieux, puisque rien ne va dans ce sens là.
Lire Djian, au présent de la publication, c'est toujours le bon moment.
Le relire plus tard, c’est s’engouffrer à nouveau dans un univers, avec délectation.