Nathalie M.

Préférer l'hiver
17,00
par (Libraire)
26 décembre 2019

Tendre au coeur, à l'essentiel

Une mère et sa fille, chacune abîmée de leurs drames personnels, font le choix de rejoindre la forêt, s'isolent du reste du monde sans pour autant le rejeter, et ne font plus que vivre au rythme des saisons.
L'hiver, c'est la saison décrite au présent de l'ouvrage, dans son déroulement âpre, des circonstances qui le sont encore plus et que je vous invite à découvrir sans vous en dire davantage.
Trop dire du roman, serait en faire se dissiper l'essence même.
Ce livre, c'est trouver les mots justes, sans fioritures.
C'est se délester du superflu pour aborder le nécessaire et ne plus percevoir que l'essentiel.
Ce livre, c'est laisser la vie dépouillée prendre place.
Ce livre, ce n'est plus faire que vivre.
La lecture de cet ouvrage transperce, appelle la réflexion, ou impose l'évidence, c'est selon.

À l'aube
par (Libraire)
16 décembre 2019

En apnée tout du long

Cet ouvrage va un peu plus loin dans le désenchantement, en apparence seulement.
Djian se joue de notre époque dingue et nous embarque dans sa folie.
Tout ce qui est posé est savamment dosé, dans le genre “ je ne prends pas de gants”.
Les êtres sont offerts crus, à l’envers de ce que la société les donne à voir.
C’est vrai que des fois, dans la vie aussi, ça part en vrille, de façon voyante, bruyante mais on fait semblant de ne pas voir, d'entendre, et on passe à autre chose " à la vitesse grand v ".
Djian met la part sombre en lumière.
Dans ce livre, les codes posés de la classe sociale, de l’argent qu’on a ou pas ( qu’importe comment on le gagne ) structurent les êtres jusque dans leur intimité. Chacun des personnages, de ce qu’il est et fait, ne peut que batailler à juste vivre dans le monde d’aujourd’hui, sans espérance, sans repère familial, religieux ou moral de la désillusion assumée quant au genre humain.
Vivre, c’est faire avec le fait d’être en vie, pas plus.
Des phrases sur le temps, les paysages, les espaces, les êtres comme si vous y étiez, comme si vous les voyiez.
Des situations improbables qui se succèdent et tiennent incroyablement la route pourtant.
Le style précis, incisif et sans concession à l’histoire rend le tout cohérent et haletant.
On vit les événements comme part sombre des êtres explorée, au coeur même de l’histoire qui se déploie inexorablement.
Toujours, le pire est à venir et c’est balancé tel quel à la tête du lecteur comme une grosse baffe inattendue.
On se doute bien que ça ne va pas rigoler du malaise qui croît de ce que vivent les personnages.
Mais le lecteur, lui se régale de ce que c’est bon la liberté d’écrire qu'a cet auteur.
Avant, Djian, c’était comme un regard à la fois lucide, fouillé et poétique sur ce que c’est que de vivre à notre époque.
Maintenant, Djian, c’est montrer que tout fout le camp, qu’il n'est pas lieu d’espérer, ni même de désespérer de quoique ce soit, qu'il faudrait arrêter avec l'idée que tout ne pourrait qu'aller mieux, puisque rien ne va dans ce sens là.
Lire Djian, au présent de la publication, c'est toujours le bon moment.
Le relire plus tard, c’est s’engouffrer à nouveau dans un univers, avec délectation.

Pierre,
14,00
par (Libraire)
12 décembre 2019

Nous sentir plus que vivant, ou rien que cela

Bobin est un poète. Il ne dit pas. Il invite au bord de ce qu'on ne sait pas, bien plus grand que soi, dont on sait qu'il est, sans pouvoir jamais le saisir.
Plus que cela, il écrit, sans que ce soit " dire ", ce qu'on ne sait pas.
De le lire, on se retrouve pantois.
On se retrouve immobile, tétanisé, juste après l'effleurement qui file la chair de poule. Parce que ses mots vous effleurent là où vous ne vous y attendiez pas.
Dans ce voyage vers Pierre Soulages, Christian Bobin donne à nous approcher au plus prés de cet autre qui crée et qui de créer, invoque et convoque la vie, toujours renouvelée, dans une quête, éternelle utopie.
Christian Bobin écrit son voyage, les sensations éprouvées des autres qu'il croise, de ceux qui ne sont plus et qui le visitent dans ce train, de celui vers qui il va.
Ce livre est une rencontre avant la rencontre, qu'elle ait lieu ou pas, qui s'écrit après, après on ne sait quoi.
Bobin écrit l'élan et l'impensé provoqué en lui, d'aller vers.
Pierre Soulages se révèle en absence, de l'être donné à percevoir d'un autre, du lien qui est fait entre lui et son art.
C'est un voyage comme aller à la rencontre de l'autre, de soi ; cet autre qui nous met face à soi, que l'on ne sait rejoindre.
C'est une lecture qui se murmure, qui file du vent qui porte vers quoi, vers qui ? Peut-être l'autre, soi à la fois.

Les champs d'honneur
par (Libraire)
1 décembre 2019

Prose poétique

C'est une écriture rigoureuse qui se perçoit dentelle, d'une implacable finesse.
L'auteur plonge dans ses souvenirs d'enfance et nous dépeint les membres de sa famille comme des paysages.
Des souvenirs exhumés, il offre à percevoir les êtres et leurs singularités comme s'il prenait une photographie familiale des membres réunis au grand complet.
Il dit les êtres et décrit le temps dans lequel ils étaient inscrits, si bien qu'on parcourt les époques, bien loin du présent, qui en découle pourtant. Sa description de la mort de son oncle pendant la Grande guerre nous fait pénétrer le passé dans toute l'horreur qu'on ne savait imaginer.
Aussi, il donne à comprendre les membres de sa famille de l'incidence continue de cette guerre — le grand-père et son mutisme avéré associé pour toujours à sa 2 CV, la grand-mère, vaillante dans ce mariage arrangé, la tante, institutrice solitaire imprégnée de religisoté, le père trop tôt disparu et la mère dans sa solitude d'avoir perdu son mari —.
Tous sont auréolés à la fois de la tendresse et d'une forme d'impartialité qui habitent l'auteur.
Il les décrit et sculpte le plus finement possible leurs portraits, au point de nous les rendre beaux absolument.
Il imprime ainsi en nous d'eux, une douce mélancolie.
Cet auteur a l'art d'écrire, de décrire comme si on y était du récit, nous invitant à mieux voir.

Le Monde horizontal

Remaury, Bruno

José Corti

17,00
par (Libraire)
25 novembre 2019

L'être au sein du monde

C'est une déambulation dans le temps de l'humanité qui dit les êtres.
Du plus loin qu'est perçue, sue et étudiée l'humanité, de tout le chemin qu'elle a parcouru, un élément immuable, fondateur à être au monde, la caractérise : la peur.
La peur, tapie au fond des grottes, dans l'océan, dans la forêt, dans les étendues vastes ou dans le coeur des villes.
La peur qui immanquablement habite les êtres, est inhérente à la condition humaine même.
Ici, des destins connus ou inconnus, sont contés par l'auteur.
Et tous ces êtres qui ont fait et font l'histoire qu'elle soit petite ou " grande" se dévoilent à nous du regard de l'auteur.
L'auteur offre à percevoir, à saisir les êtres dans leur rapport au monde, qualifié de vertical au tous premiers temps des Dieux, vers celui horizontal, de la civilisation qui se déploie.
L'individu, au coeur de tout cela, n'est que détresse.
Cette détresse est constitutive du questionnement perpétuel à pouvoir seulement vivre à l'intérieur du monde, comme si chacun y était perdu, y cherchait sa place sans jamais la trouver vraiment.
C'est un livre déstabilisant, au récit fluide et de toute beauté, parfaitement articulé, qui pose le questionnement de la peur qui nous habite, moteur de notre être au monde, tellement vaste et effrayant.