Nathalie M.

Le Bâtard

Le Livre de Poche

5,90
par (Libraire)
26 avril 2020

Le terrible comme banalité à vivre.

C'est un roman noir qui raconte l'errance d'un homme à qui les événements arrivent bien plus qu'il les décide.
Ça se passe dans le sud des États-Unis, à la fin des années 1920.
Le récit commence par le meurtre du souteneur de sa mère par Gene Morgan, le bâtard.
On lit son cheminement en marge, de petit boulot en petit boulot, jonché de rencontres plus ou moins chanceuses, sources de situations quelque peu inextricables voire glauques, jusqu'à ce que Gene tombe amoureux.
Évidemment, finir sur cette note heureuse aurait été trop beau...
Une écriture directe, portée par des dialogues ciselés qui disent mieux que des descriptions les personnages.
Une fluidité d'écriture qui ne juge jamais ni les situations, ni les personnages voués seulement à survivre le mieux possible dans une Amérique misérable et terriblement violente.
Tout ce qui arrive semble inimaginable et pourtant, tout est posé banal.
Le lecteur se trouve charmé par l'écriture réaliste qui emmène directement dans le récit.
En même temps, le récit des situations vécues par Gene et ceux qu'il rencontre fait éprouver au lecteur un inconfort d'autant plus fort qu'il lit comme s'il voyait les scènes.
C'était-là le premier roman de l'auteur.

Ellis Island
par (Libraire)
24 avril 2020

Transit

En 1979 sortait Récits d'Ellis Island, Histoires d'errance et d'espoir, superbe film réalisé par Robert Bober.
Georges Perec en a écrit le texte de la voix off.
C'est un texte court et dense qui dit l'histoire de l'émigration vers l'Amérique, le passage obligé par cette petite île définitivement nommée Ellis Island, d'un de ceux qui l'ont possédée.
Là, de 1892 à 1924, sont passées près de seize millions de personnes avant d'être acceptées sur le sol américain ou refoulées.
Georges Perec parvient à donner corps aux chiffres, aux nombres notés dans les registres administratifs.
Derrière chaque statistique, des hommes, femmes et enfants catapultés, de leur histoire.
Des mots choisis, il parvient à donner à voir les lieux, les espaces abandonnés, foulés par ceux qui veulent se souvenir, puisque cette île est devenue musée depuis 1976, espace de mémoire.
Le lieu peut tour à tour apparaître effrayant ou sublime d'humanité, des traces, d'histoires saisies, des vies propulsées, freinées, stoppées, ou refoulées.
Georges Perec veut comprendre l'exil, de ce non-lieu administratif.
Il y questionne son identité et le fait d'être juif.
Il cherche à saisir comment chacun a pu vivre et être marqué dans son destin, de son passage par cette île.
C'est un texte extrêmement puissant.

À ce soir
6,30
par (Libraire)
23 avril 2020

Intime et universel

C'est un ouvrage à part dans l'œuvre littéraire de Laure Adler.
Rémi, son fils, plus vraiment bébé mais pas encore enfant, est mort.
Un treize juillet, 17 ans après son décès, s'est imposée à Laure Adler l'écriture de ce texte.
Elle écrit une fois posée la nécessité impérieuse d'écrire que ce n'est pas un récit mais un raccomodement au monde.
Rien que ces mots-là disent la justesse du travail entrepris.
Les mots posés raccomodent l'être tout entier au monde, de lui permettre de sortir de l'effroi, de la sensation d'être là sans y être vraiment.
On découvre par des paragraphes courts ce que fut à Laure Adler ce temps de l'accident puis de la mort de l'enfant ; perte insupportable à ceux qui l'aimaient, évidemment.
Les mots qui disent peuvent être crus et d'autant de pudeur.
Cet ouvrage porte cette force là.
Ce texte peut faire écho à chacun, d'être parent, enfant de parents, d'aimer simplement même sans lien familial, de risquer de voir mourir ceux qu'on aime, et de se remémorer les êtres chers disparus déjà.
La mort, violente, dans son surgissement provoque une douleur qui évolue du temps, reste nichée en chacun.

HANGARS

Tappy Jose-Flore

Zoé

8,50
par (Libraire)
22 avril 2020

Dire les lieux, l'autre en poèmes.

C'est un recueil de poèmes courts qui disent au-delà de ce qui est écrit, ou dont le sens singulier se révèle différent de qui le découvre.
C'est un peu comme lire entre les lignes.
Fulgurances et jaillissements qui esquissent les lieux et ce qu'ils provoquent. Foisonnement de lieux qu'on perçoit comme des photographies du choix des mots qui les donnent à voir.
En même temps, certains textes donnent à saisir l'autre absent, avec grande pudeur, en résonances à l'effet que peuvent provoquer les lieux abandonnés. Aussi, le désir et la peur d'aimer s'entremêlent, offrent chavirements en quelques lignes.
Un enchevêtrement pertinent de textes, comme des bouffées renouvelées d'air.

Dévisagée

Gallimard Jeunesse

18,50
par (Libraire)
21 avril 2020

Livre pour adolescents.

Ava a seize ans.
Elle va intégrer un nouveau lycée après une année d'hospitalisation.
Il y a tout juste un an, un incendie s'est déclaré dans lamaison familiale, a tué ses parents et sa cousine Sarah.
Ava s'est jetée par la fenêtre. Soixante pour cent de la surface de son corps a été brûlée au second ou troisième degré, nécessitant des soins et des opérations extrêmement difficiles à supporter.
Elle doit à présent tenter de retrouver une vie sociale, poussée par sa tante Cora et son oncle Glenn qui sont les parents de Sarah.
Pas facile d'affronter le regard des autres puisque son visage brûlé, elle ne peut le cacher.
Pas facile d'être celle qui a survécu, de vivre avec son oncle et sa tante, alors qu'eux ont perdu leur fille.
Petit à petit, Ava va rencontrer d'autres adolescents, Piper accidentée elle aussi, Asad garçon aux aspirations artistiques , différents autrement comme chacun peut s'éprouver l'être, dans ce temps de transition vers l'âge adulte.
Des situations drôles, de la solidarité, des rencontres cocasses ; voilà ce qui se dessine par-delà la gravité de la situation évoquée.
Et les autres, nécessaires à devenir soi.