sandrine57

Lectrice compulsive d'une quarantaine d'années, mère au foyer.

Easy Corée
15,00
1 août 2020

En 139 pages et 6 thématiques, Luna Kyung a pour mission de ma réconcilier avec la cuisine coréenne dont mes papilles offensées gardent un souvenir cuisant. Quand on sait que les coréens ne conçoivent pas un repas sans l'accompagner de kimchi, on se doute bien que le piment va être le roi des assiettes.
Décrite comme saine, diététique et particulièrement goûteuse, la gastronomie du Pays du matin calme a été pour moi un cauchemar...J'ai passé quinze jours entre Séoul et Busan à fuir le rouge, synonyme de piment, sans même pouvoir me réfugier dans un fast food puisque les grandes enseignes se sont adaptées aux goûts des locaux et n'omettent jamais la dose de piment dans la sauce des burgers ou la panure du poulet. Bref, la Corée est un pays magnifique mais il ne faut pas être une petite nature pour en apprécier la cuisine.
Heureusement, quand on cuisine soi-même, on peut doser les épices (voire les omettre). Grâce à Easy Corée, j'ai pu découvrir le bœuf bulgogi, le steak tartare ou le bibimbap et les savourer sans m'anesthésier toute la cavité buccale. Un vrai régal et ce n'est pas fini...D'autres plats me font de l'oeil même si je compte continuer à bouder le kimchi, qu'il soit au chou, au concombre ou au radis.
Un beau livre de cuisine aux recettes faciles à réaliser pour se familiariser avec la gastronomie coréenne.

Les Rougon-Macquart, La faute de l'abbé Mouret
26 juillet 2020

Tout juste sorti du séminaire, l'abbé Serge Mouret s'installe aux Artaud, un petit village, non loin de Plassans. Epanoui dans cette cure qu'il a choisie malgré son isolement et sa pauvreté, l'homme de Dieu vit en compagnie de sa sévère servante, la Teuse et de sa sœur Désirée, une simple d'esprit toute occupée à sa basse-cour. Pourtant, cette existence, entièrement dédiée à la prière et au culte de la Vierge, est quelque peu perturbée par ses ouailles, des villageois sans éducation, guidés par leurs seuls instincts. Les filles sont peu farouches et s'offrent sans compter aux solides gaillards qui ne demandent que ça. Même les bêtes de Désirée semblent forniquer à tout va et, cerné de toutes parts par le vice et la tentation, l'abbé Mouret tombe malade à force de lutter. Son oncle, le docteur Pascal, décide de le confier quelques temps à la jeune Albine, élevée par son oncle, un athée philosophe et décrite par les villageois comme une sauvageonne. Tous deux vivent au Paradou, un château en ruines et un luxuriant jardin, domaine entouré de légendes. Convalescent et amnésique, le prêtre se remet lentement, entouré des soins constants de la trop belle adolescente. Le Paradou est un vaste jardin qu'ils explorent en toute innocence, seuls au monde, bienheureux et amoureux au point de commettre le péché de chair. Serge et Albine vivent un rêve éveillé jusqu'au jour où le frère Archangias les débusque. Immédiatement, l'abbé retrouve la mémoire, retourne aux Artaud et tente de faire pénitence pour laver son péché tandis qu'au Paradou Albine attend son retour.

Quel soulagement de tourner la dernière page de ce roman interminable ! Zola a ici trempé sa plume dans la caricature, la niaiserie et le guide des plantes en dix volumes. Les ficelles sont grosses dès le départ opposant un ascète fou de Marie à un village de consanguins qui copulent derrière chaque caillou de la garrigue. Le pauvre prêtre en attrape une fièvre de cheval et se réveille au jardin d'Eden. Là, Zola décrit chaque brin d'herbe, énumère chaque fruit, chaque fleur de cette luxuriante végétation, de façon à la fois répétitive et rébarbative. Et puisqu'Eden il y a, péché il y aura. Oui mais quand ? Quand donc ce grand dadais (qui au passage affiche vingt-six printemps alors qu'elle n'en a que seize) et cette enfant sauvage vont-ils passer à l'acte ? Le suspens n'en finit pas, entre les ''je t'aime Serge, je t'aime Albine'', les ''tu es beau, tu es belle'' murmurés dans tous les recoins du jardin. On atteint des sommets niaiseries amoureuses des plus affligeantes. Bref, ces deux innocents finissent par découvrir le sexe pour leur plus grand malheur...Serge retrouve la mémoire, la foi, sa vierge, sa cure et ses paroissiens tandis qu'Albine se meurt d'amour.
On sent bien la critique de l’église catholique qui oblige ses serviteurs à une vie d'abstinence si peu naturelle; Mouret en vient à se flageller pour combattre la tentation, pendant que l'odieux frère Archangias cache la sienne sous une haine exacerbée des femmes. Mais le procédé manque de finesse et la métaphore du Paradis est filé durant des pages et des pages jusqu'à saturation. On en ressort écœurée de toutes ses plantes en pâmoison, avec une envie de routes bétonnées, goudronnées, asphaltées.
Bref, cette lecture fut un chemin de croix.

L île au secret
21,00
20 juillet 2020

Islande, 1987. Alors qu'elle pensait passer un week-end en amoureux avec son nouveau petit ami, une jeune fille est sauvagement assassinée dans le chalet familial. L'inspecteur de police chargé de l'enquête, ambitieux et pressé, arrête le père qui se dit innocent.
Dix ans plus tard, en 1997, quatre amis qui se sont perdus de vue, entreprennent un week-end de retrouvailles sur l'île d'Ellidaey, un îlot rocheux, isolé et inhabité. La fête tourne au drame lorsqu'au matin, après une soirée bien arrosée, une jeune fille gît au pied d'une falaise. Dépêchée sur les lieux, Hulda Hermannsdottir hésite à conclure à un accident. Et lorsqu'elle découvre que les quatre jeunes gens étaient liés à la victime de 1987, le doute n'est plus permis, il y a bien eu meurtre. L'inspectrice n'a plus alors qu'une idée en tête : creuser dans le passé pour expliquer le crime du présent.

Deuxième tome des enquêtes de la dame de Reykjavik où l'on retrouve l'attachante Hulda quinze ans avant le premier tome. Et là n'est pas la seule étrangeté chronologique de Ragnar Jonasson qui aime beaucoup jouer avec le temps. Il nous promène donc à différentes époques, en mêlant deux enquêtes, et à différentes périodes de la vie de son héroïne. Le procédé est déstabilisant au début, puis on s'y fait, on s'installe dans ce va-et-vient entre passé et présent et surtout on prend plaisir à découvrir plusieurs facettes de la vie d'Hulda. Ainsi, on la voit partir pour les États-Unis sur les traces de son géniteur américain, juste après la mort de sa mère. On la retrouve, plus que jamais accrochée à son travail, après avoir perdu sa fille et son mari et, bien sûr, en proie aux brimades à peine déguisées de ses collègues masculins. Flic obstinée, femme solitaire et éprouvée par la vie, Hulda est un personnage brillamment trouvé. On sent que l'auteur a mis de l'amour et de l'humanité pour construire une héroïne originale, une femme blessée mais qui tient debout malgré l'adversité. Elle en occulterait presque le côté enquête qui est pourtant excellent lui aussi.
Hulda, du suspense, de nombreuses fausses pistes, une atmosphère étouffante et les descriptions époustouflantes de la nature islandaise... Tous les ingrédients sont réunis pour un polar dépaysant qui tient toutes les promesses du premier tome. Vivement la suite ! (ou le préquel plutôt...)

Les inconsolés / roman
19 juillet 2020

Pour Lise et Louis, c'est une évidence dès leur première rencontre, la certitude qu'ils vont s'aimer follement, passionnément. Mais la fille d'un émigré vietnamien et d'une orpheline normande peut-elle rêver d'un avenir avec un fils de bonne famille issu de la haute bourgeoisie ? Lise n'a rien, il a tout. Louis affronte la vie en conquérant, elle est timide, peu sûre d'elle. Et pourtant, ces deux-là feront fi des obstacles pour s'aimer, se déchirer, se séparer, se retrouver, se faire du bien, se faire du mal.

Conte moderne, suspens psychologique, romance sentimentale, dissection d'une passion, "Les inconsolés" sont tout cela à la fois mais ne s'arrêtent pas là. Au-delà de l'histoire d'un amour destructeur entre deux personnages que tout oppose, Minh Tran Huy s'applique à raconter tout ce qui fait obstacle à l'harmonie du couple; toutes les choses que l'on trimbale depuis la petite enfance, ce vécu qui nous a construit et qui ne cesse de nous hanter.
Lise et ses deux cultures, et sa mère mal aimante, et son père silencieux croit désespérément aux contes de fée où la princesse est délivrée d'un mauvais sort par un beau prince charmant. Alors quand elle le rencontre, elle se donne corps et âme à ce grand bourgeois qui a tous les codes, toutes les entrées, tous les réseaux. Mais elle se sent comme une intruse à ses côtés. Passés les premiers moments de la passion, Louis ne va-t-il pas se rendre compte qu'elle n'est qu'une pauvre fille, laide et gauche, qui ne mérite pas son amour ? Pourtant Louis l'aime et l'admire, même s'il s'enferme parfois dans son rôle d'homme orgueilleux, avare de déclarations sentimentales.
A force de non-dits, de malentendus, d'incompréhension mutuelle, Louis et Lise vont se déchirer et s'éloigner mais on n'oublie jamais un premier amour...
Porté par la magnifique écriture de Minh Tran Huy, "Les inconsolés" est un roman à deux voix, celle de Lise et celle de ''L'autre'' qui raconte la passion, de ses débuts enchanteurs jusqu'au drame final, car, c'est bien connu, les histoires d'amour finissent mal, en général...

Une enquête de Lilith Tereia / Le bûcher de Moorea / Thriller
17 juillet 2020

Le bleu turquoise des lagons, les plages de rêve bordées de cocotiers, une certaine douceur de vivre...Bienvenue à Moorea, le paradis sur terre. Une image de carte postale perturbée par un bûcher monstrueux, infernal. Sur le marae de la vallée d'Oponohu, un promeneur a trouvé des corps calcinés. Têtes, bras et jambes ont lentement brûlé dans ce lieu sacré du peuple tahitien. C'est Lilith, la photographe, et Maema, la journaliste, qui sont chargées de couvrir l'affaire pour La Dépêche. Fortes de leur amitié avec Kae, le gendarme local, les deux jeunes femmes ont accès à des informations de première main. Meurtre rituel ? Cannibalisme ? Crime crapuleux déguisé ? Les hypothèses sont nombreuses et Lilith est bien décidée à faire toute la lumière sur cette étrange mise en scène.
A des milliers de kilomètres de là, en métropole, Nael, tueur en série de son état, est lui aussi confronté à un inquiétant phénomène. Alors qu'il vient de supprimer une vieille fermière et un témoin gênant, il découvre le cadavre de son ex-femme dans la maison de sa victime. Pire ! La morte tient entre ses mains une photographie de lui qui pourrait bien le compromettre en cas d'enquête de police. N'écoutant que son instinct de survie, il embarque les trois corps pour les cacher dans un lieu connu de lui seul. C'est là, de l'autre côté de la frontière espagnole, qu'il fait la connaissance de Gaspard, un rat doué de la parole qui devient son compagnon de route. Aiguillés par d'autres photos retrouvées chez la fermière, ils s'envolent pour Tahiti où Nael semble avoir vécu avec Ariane, bien qu'il n'en garde aucun souvenir...

Première découverte de Patrice Guirao, créateur du concept de polar ''noir azur'', un roman policier mêlant le noir au bleu des îles. Dans Le bûcher de Moorea, il nous emmène à Tahiti, sur la petite île de Moorea pour un roman qui flirte avec les traditions tribales et le gore des tribulations d'un tueur en série. Ceci posé, on se retrouve avec un polar un peu bancal qui porte mal son nom. Certes, bûcher il y a mais l'enquête qui en découle passe très vite au second plan pour laisser la place aux tribulations de Nael et de son rat parlant. Et c'est bien dommage ! Car toute la partie tahitienne est vraiment intéressante, cette partie du monde ayant été peu explorée par le monde du polar. Guirao nous propose une photographie historique et sociologique de ces îles du bout du monde, mettant en avant ses beautés naturelles, la richesse de son patrimoine ancestral, sans omettre pour autant les problèmes sociétaux d'une population qui a bel et bien été colonisée et dont la jeunesse part à la dérive. Malheureusement, l'histoire alambiquée d'un Nael carrément barré en recherche d'identité vient parasiter ce qui faisait le sel du roman. Lui et son rat, dans une intrigue secondaire ennuyeuse, n'apportent rien à un récit qui méritait d'être approfondi.
Bilan mitigé pour ce polar déséquilibré dont on retiendra pourtant le cadre dépaysant et le duo féminin d'enquêtrices atypiques et complémentaires. Et en bonus, l'oncle de Lilith, tahitien pur jus, un sage vieillard, philosophe et attachant.